Selon Deutsche Bank, la hausse des prix du pétrole agit comme un impôt pour les consommateurs européens, qu’ils paient aux producteurs d’or noir en dollars américains. Il n’est donc pas surprenant que l’euro soit devenu l’une des principales devises du G10 à être durement touchées par le conflit au Moyen-Orient, lequel a propulsé les cours du Brent à 120 $ le baril. Seules les déclarations de Trump sur la cessation imminente des hostilités ont permis de ramener les « baissiers » sur terre sur la paire EUR/USD.
Évolution des devises du G10 face au dollar américainSociete Generale note que, si les chocs exogènes sur le marché pétrolier ont tendance à durer relativement peu de temps — environ une à deux semaines —, le prix de l’or noir atteint généralement son pic au bout de trois mois. Réduire les volumes de production est facile, mais les rétablir est difficile. Le marché est de plus en plus convaincu que même la fin des hostilités entre les États-Unis, Israël et l’Iran ne permettra pas de ramener les prix à leurs niveaux d’avant-guerre d’ici la fin de 2026.
L’économie de la zone euro est particulièrement vulnérable à des prix élevés du Brent. Cela alimentera l’inflation, et le marché à terme intègre déjà dans les cours une hausse du taux de dépôt de la BCE dès le mois de juillet.
Dynamiques des anticipations concernant le taux de dépôt de la BCECependant, je doute personnellement que l’économie de la zone euro puisse supporter un durcissement de la politique monétaire. La Banque centrale européenne prévoit une croissance du PIB de 1,2 % en 2026, soutenue par la demande intérieure, la hausse des revenus des ménages et l’amélioration des conditions de financement. La flambée des prix du pétrole vient assombrir ce scénario.
Dans la situation actuelle, une hausse du taux de dépôt doit donc être considérée comme un facteur négatif pour l’EUR/USD. Au final, le ralentissement de l’économie du bloc monétaire obligera la BCE à réduire le coût du crédit. Dans ce cas, il vaut mieux ne rien faire que de prendre des mesures précipitées.
À l’inverse, si les événements ne suivent pas le cours suggéré par l’histoire, la situation pourrait évoluer différemment. Avant le conflit armé au Moyen-Orient, le marché pétrolier était dominé par les vendeurs. Actuellement, il y a largement assez de pétrole dans le monde ; il faut simplement le laisser circuler, principalement par le détroit d’Ormuz. Sa réouverture permettra aux pays du Golfe de rétablir rapidement leur production, ce qui fera plonger les prix du Brent et du WTI. L’euro remontera aussi vite qu’il est tombé auparavant.
Par conséquent, les marchés reviennent à la question de la durée de cette situation. Si elle se termine bientôt, comme Trump l’a promis, il devient logique d’acheter la monnaie régionale. Si elle se prolonge jusqu’en mai, comme le prévoit Polymarket, il faut s’attendre à des difficultés pour l’euro. Dans tous les cas, il faut également tenir compte de la position de l’Iran.
D’un point de vue technique, le graphique quotidien de l’EUR/USD montre une bataille autour du niveau pivot clé de 1,164. Si les « taureaux » l’emportent et que ce niveau reste entre les mains des acheteurs, il conviendra de privilégier les positions longues. À l’inverse, si le prix tombe sous ce niveau et passe sous le contrôle des ours, cela ouvrira la voie à des ventes d’euros contre le dollar américain.