EUR/USD. Le piège d’Ormuz : le dollar se renforce au milieu des turbulences géopolitiques

La paire EUR/USD a clôturé la séance de vendredi à 1,1417, son plus bas niveau depuis juillet de l’année dernière. La paire baisse désormais depuis deux semaines consécutives en mars. Alors qu’à la fin février les traders tentaient de s’installer au-dessus du seuil de 1,1810, l’attention se porte désormais sur la zone de 1,13. Il semble que l’on soit encore loin d’avoir épuisé le « potentiel baissier » : si le conflit au Moyen-Orient se prolonge et s’étend, nous pourrions bientôt voir la zone de 1,10 se profiler à l’horizon. Malheureusement, le scénario d’escalade reste le scénario central et l’issue la plus probable. À ce jour, aucun signe clair et rassurant de désescalade ne laisse entrevoir une fin imminente de la guerre. Cela signifie que le dollar, en tant que valeur refuge, continuera de se renforcer, exerçant une influence correspondante sur les principales paires de devises.

La semaine dernière a montré que Trump n’a pas réussi à mener une blitzkrieg en Iran. Le conflit est entré dans une phase prolongée et enlisée, aux conséquences imprévisibles. Malgré les déclarations initiales des États-Unis et d’Israël, dans les premiers jours de l’opération, selon lesquelles ils auraient obtenu la supériorité aérienne et détruit une grande partie de la défense antiaérienne iranienne, Téhéran conserve toujours une capacité de riposte. Chaque jour, il utilise ce potentiel pour frapper les bases américaines dans la région ainsi que les infrastructures pétrolières des pays voisins.

Le principal résultat de la semaine est que Téhéran a, de facto, paralysé la navigation dans le détroit d’Ormuz, provoquant un vif bond des prix de l’énergie. Ce facteur est devenu un moteur clé du renforcement du dollar. Par conséquent, le déblocage de cette artère de transport vitale entraînera une réaction du marché : l’intérêt pour les actifs plus risqués augmentera, tandis que le dollar, valeur refuge, subira une forte pression.

D’où une question logique : quelles sont les chances de voir le détroit débloqué dans un avenir prévisible ? À mon sens, la réponse dépend directement de la volonté des États-Unis et de l’Iran de s’asseoir à la table des négociations. Un déblocage forcé du détroit a peu de chances de fonctionner et ne permettra pas de rétablir les flux de trafic d’avant-guerre. En substance, l’Iran n’a pas besoin de navires militaires pour contrôler le détroit : des lance-missiles mobiles et des essaims de drones d’attaque positionnés le long du littoral constituent une menace pour la navigation. Même si les États-Unis en détruisent 90 à 95 %, les 5 à 10 % restants rendront l’assurance des tankers impossible.

Toutes les autres idées pour résoudre ce problème paraissent également impraticables. Par exemple, Donald Trump a proposé un programme public de réassurance de 20 milliards de dollars pour les tankers. Cependant, il est ensuite apparu clairement que les compagnies américaines sont très peu impliquées dans ce type d’assurance spécialisée. L’acteur principal est la société britannique Lloyd’s of London. Ses représentants se heurtent récemment à des refus de la part de grands armateurs comme Maersk et MSC.

Une autre solution potentielle serait l’escorte militaire des tankers. Mais cette option comporte plusieurs inconvénients. Premièrement, les États-Unis n’ont pas encore démontré la volonté politique nécessaire. La question fait toujours l’objet de discussions dans les couloirs de la Maison-Blanche et du Pentagone. Deuxièmement, les assureurs s’opposent à cette idée, car un convoi militaire constitue non seulement une protection, mais aussi une cible pour les forces iraniennes. Les représentants des grandes compagnies d’assurance soulignent à juste titre que la présence d’un destroyer hypothétique à proximité d’un tanker civil fait de ce dernier une cible prioritaire.

Le problème semble désormais insoluble, ce qui redonne de l’élan au marché pétrolier. Les mesures prises n’ont pas porté leurs fruits : les prix du pétrole (Brent, WTI) restent obstinément au-dessus de 100 dollars, malgré la levée partielle des sanctions américaines contre la Russie et le recours aux réserves stratégiques des pays du G7.

Autrement dit, des négociations directes entre les États-Unis et l’Iran sont nécessaires pour régler ce problème et rétablir la navigation dans le détroit d’Ormuz. Une autre issue serait l’arrivée au pouvoir, en Iran, de forces d’opposition loyales à la Maison-Blanche. Mais ce deuxième scénario paraît hautement improbable : l’opposition iranienne ne dispose pas d’un leader unifié à l’intérieur du pays, et l’architecture actuelle du pouvoir est restée intacte malgré l’élimination du Guide suprême et d’autres hauts responsables politiques.

En définitive, la seule option réelle de désescalade reste donc la voie des négociations. Or, à ce jour, les deux parties avancent des exigences maximalistes qui semblent, par nature, irréalisables. Par exemple, Trump est passé d’une rhétorique de « confinement » à l’exigence d’une reddition sans conditions. De son côté, le représentant officiel des autorités iraniennes a énoncé les conditions de Téhéran pour mettre fin à la guerre : le versement de réparations par les États-Unis pour les dommages subis et le retrait de toutes les bases américaines du Golfe persique.

Tous ces éléments indiquent que les actions militaires au Moyen-Orient ont peu de chances de cesser dans les prochains jours ou semaines. Selon des sources citées par The Wall Street Journal, la guerre dans la région va durer « au moins encore quelques semaines », Trump insistant pour poursuivre les frappes contre les forces armées iraniennes et leurs groupes affiliés.

Cela signifie que le détroit d’Ormuz restera fermé, que le marché pétrolier poursuivra sa hausse et que le dollar conservera une demande accrue en tant qu’actif refuge.

Dans ce contexte, il est judicieux de profiter des corrections techniques sur la paire EUR/USD pour ouvrir des positions vendeuses, avec des objectifs fixés à 1,1410 et 1,1350.