La Banque de France met son or à l’abri du contrôle des États-Unis

La banque centrale française a trouvé un moyen élégant de retirer une partie de ses réserves d’or du stockage américain sans créer de remous diplomatiques : elle a simplement vendu le métal avec profit à New York, puis l’a racheté en Europe. En publiant ses résultats pour l’exercice 2025, la banque centrale a fait état d’un « élément exceptionnel » qui lui a permis de transformer une perte de 2,9 milliards d’euros en un bénéfice annuel de 8,1 milliards d’euros. « Les revenus tirés des actifs détenus pour compte propre par la banque ont augmenté de 12,2 milliards d’euros en raison de cet élément exceptionnel », a indiqué la Banque de France dans son communiqué de presse du 25 mars. « En 2025 et au début de 2026, bien que le volume des réserves d’or n’ait pas changé, la Banque de France a dû aligner la partie restante (5 %) sur les standards techniques, ce qui a entraîné d’importantes plus-values de change réalisées. Ce revenu exceptionnel de change s’est élevé à 11 milliards d’euros pour 2025. »

Cette opération s’est révélée à la fois stratégique et extrêmement rentable. À la différence du dossier toujours en cours concernant les importantes réserves d’or de l’Allemagne aux États-Unis, qui demeurent dans les coffres de la Federal Reserve Bank of New York et suscitent le mécontentement de certains responsables politiques, la Banque de France n’a pas soulevé la question du rapatriement de ses réserves. Elle a, au contraire, attendu que le cours de l’or atteigne des niveaux historiques, a vendu à New York d’anciens lingots moins purs au prix du marché en dollars américains, puis a utilisé le produit de cette vente pour acquérir en Europe de nouveaux lingots répondant aux standards actualisés de poids et de pureté, alors même que les prix reculaient.

La banque centrale française a ainsi réalisé un scénario gagnant-gagnant classique : aucun conflit politique avec l’administration américaine dans un contexte de tensions sur les droits de douane, le Groenland, l’Ukraine et désormais l’Iran ; aucun coût de transport ni d’assurance transatlantique ; et, enfin, des profits substantiels sur ces opérations, qui ont renforcé le bilan de la Banque. « Les capitaux propres nets de la Banque de France – c’est-à-dire ses fonds propres additionnés des plus-values latentes sur les actifs – demeurent extrêmement solides à 283,4 milliards d’euros, contre 202,7 milliards d’euros en 2024 », indique le rapport. « Les capitaux propres nets incluent également la réserve de réévaluation de l’or et des réserves de change de l’État (RRRODE), d’un montant de 11,4 milliards d’euros, destinée à couvrir de futures charges de trésorerie. »

François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, a déclaré aux journalistes que la décision de conserver les nouveaux lingots à Paris plutôt qu’à New York n’était « pas motivée politiquement ». Le volume total des réserves d’or de la France est resté inchangé, à environ 2 437 tonnes après ces opérations, et l’ensemble du stock d’or du pays est désormais conservé dans la chambre forte souterraine du Bureau du Trésor à La Souterraine.