L’euro espère toujours une fin rapide au conflit

La guerre dans le Golfe et la limitation de l’approvisionnement en énergie ne montrent pas encore de signes évidents d’une crise économique en formation dans la zone euro. Il n’existe pas encore de données sur la production industrielle pour le mois de mars, et les rapports publiés la semaine dernière pour février étaient globalement positifs et s’écartaient peu des prévisions. Les indices d’activité des entreprises en mars sont restés au‑dessus de 50 points, ce qui indique une expansion, et les données préliminaires sur les prix à la consommation ne montrent pas non plus, pour l’instant, d’accélération de la hausse. En particulier, l’inflation en Allemagne en mars est restée au niveau de février.

La hausse des prix de l’énergie dans la zone euro a atteint en moyenne 6,8 % sur un mois en mars, un rythme nettement inférieur à l’augmentation de 12,2 % enregistrée en mars 2022. Dans le secteur des services, la progression des prix reste conforme au scénario de la Banque centrale européenne. Ainsi, on ne peut pas encore affirmer que l’inflation va s’accélérer rapidement, et la principale menace, à l’heure actuelle, réside dans les perturbations physiques de l’approvisionnement.

L’Europe a laissé Trump en bonne compagnie avec Israël, en ignorant ostensiblement ses appels à entrer en guerre, et attend une résolution. Ce n’est évidemment pas une stratégie ; les responsables politiques européens espèrent probablement que les livraisons reprendront et que la crise ne se prolongera pas. Si l’incertitude se réduit, l’Europe pourra renouer avec sa trajectoire de reprise économique, tandis que les signes annonciateurs d’une récession aux États‑Unis se multiplient.

L’échec des négociations et les menaces de Trump de bloquer le détroit d’Ormuz accentuent le risque d’escalade du conflit, ce qui n’était pas anticipé après l’annonce du cessez‑le‑feu, et les marchés ne savent pas comment réagir. Les mouvements de lundi matin sont restés relativement contenus : le dollar s’est renforcé, les prix du pétrole ont augmenté, tout en demeurant nettement en deçà de leurs pics de mars.

Une position vendeuse nette s’est constituée sur l’euro, avec une variation hebdomadaire de –1,2 milliard, tandis que les facteurs de court terme, principalement les anticipations de marché d’une fin rapide de la guerre, dominent et conduisent à un retournement du prix théorique.

L’euro continue d’évoluer dans l’incertitude, car les conséquences à long terme de la situation dans le golfe Persique peuvent être très diverses. Si les restrictions d’offre persistent, l’Europe sera bientôt confrontée à des pénuries d’énergie, exerçant une pression supplémentaire sur le secteur industriel. Une montée en puissance des livraisons d’énergie en provenance des US placerait l’euro dans une position de dépendance, car les coûts industriels augmenteraient, entraînant une correction du taux de change EUR/USD vers des niveaux plus bas. À l’inverse, la réouverture du détroit pourrait provoquer une forte hausse de l’EUR/USD, l’enjeu central résidant dans les conditions auxquelles le trafic reprendra — celles des US ou de l’Iran. Il n’existe aucune visibilité sur ce point.

À court terme, l’euro pourrait anticiper une phase de hausse corrective, limitée par la zone de résistance 1,1820/40. En revanche, si les US reprennent des opérations militaires de grande ampleur, un mouvement en direction de la zone de support à 1,1350/90 est plus probable.