Dollar australien : attentes et risques

La dernière enquête mensuelle de la NAB a fait apparaître une dégradation de l’activité des entreprises en Australie. En avril, les coûts des intrants des entreprises ont augmenté de 4,5 % (d’un trimestre sur l’autre), dépassant nettement la hausse des prix de vente (1,8 %). Cela a comprimé les marges et pesé sur l’activité d’investissement. Les carnets de commandes, les dépenses d’investissement, les flux de trésorerie et l’emploi ont tous nettement reculé ces derniers mois et se situent bien en deçà de leurs moyennes de long terme.

Malgré cela, l’indice de confiance des entreprises a gagné 5 points, à -24. Ce rebond reflète probablement, en avril, l’espoir d’une fin rapide du conflit au Moyen-Orient. Toutefois, l’activité réelle des entreprises a reculé de 3 points et reste inférieure à sa moyenne de long terme, ce qui illustre les tensions actuelles. Les carnets de commandes à terme ont chuté de 4 points et les dépenses d’investissement (capex) ont baissé de 8 points, soit le plus fort recul mensuel depuis le début de la période post-COVID.

En avril, l’inflation américaine a nettement accéléré : le taux annuel global est passé de 3,3 % à 3,8 %, et le taux sous-jacent de 2,6 % à 2,8 %. Les deux chiffres ont dépassé les prévisions. Les marchés ont réagi à ces données ainsi qu’aux propos fermes du président de la Fed de Chicago, Austan Goolsbee, qui a déclaré que l’inflation ne ralentit pas et évolue dans la mauvaise direction. Cela a entraîné une hausse des rendements des emprunts d’État américains.

Avant la publication, les contrats à terme du CME sur les Fed funds n’intégraient pas de relèvement de taux cette année. Après le rapport, la probabilité d’une hausse d’ici décembre est montée au‑delà de 30 %. Rien n’est encore arrêté, puisque le rapport d’inflation de mai sera publié avant la prochaine réunion de la Fed (dans 35 jours) et sera déterminant s’il montre lui aussi une nouvelle hausse. Il est cependant clair que les chances d’une baisse des taux par la Fed ont nettement diminué.

Jeudi, le Melbourne Institute publiera son rapport mensuel sur les anticipations d’inflation des consommateurs. Un événement clé susceptible d’influencer l’AUD sera la visite du président américain Trump en Chine et toute tentative d’obtenir des concessions de Xi Jinping. La demande chinoise est un facteur majeur pour l’Australie, influençant non seulement la balance commerciale, mais aussi la résilience globale de l’économie.

Selon le rapport de la CFTC, la position nette acheteuse sur l’AUD a augmenté de 490 millions de dollars sur la semaine considérée, pour atteindre 5,651 milliards de dollars. Fait surprenant, les investisseurs de long terme semblent ignorer les risques géopolitiques au Moyen‑Orient et se positionnent en faveur d’un renforcement durable du dollar australien. Le principal moteur pourrait être la forte hausse des anticipations d’inflation et la perspective de nouvelles hausses de taux de la RBA, qui soutiendraient les rendements et l’attrait de la devise. Néanmoins, le prix implicite continue de reculer.

Techniquement, l’impulsion haussière sur l’AUD/USD reste solide ; le RSI quotidien n’est pas encore entré en zone de surachat. Cependant, un mouvement direct vers l’objectif de 0,8010 sans correction préalable semble peu probable. L’économie australienne est déjà confrontée à des problèmes énergétiques, et beaucoup dépendra de la manière dont la RBA cherchera à trouver un juste équilibre. Pour l’instant, la Banque est concentrée sur la lutte contre l’inflation et relève ses taux de manière agressive, ce qui soutient la forte dynamique haussière de l’AUD. Néanmoins, la dynamique implicite des prix laisse penser qu’un retournement vers le support le plus proche à 0,6940–0,6960 est imminent.