Jusqu’à récemment, l’économie de la zone euro affichait une croissance solide, ce qui confortait les prévisions de nouvelles hausses du PIB et de l’inflation. On s’attendait à ce que la BCE puisse relever ses taux d’intérêt à quatre reprises supplémentaires d’ici la fin de l’année, ce qui aurait soutenu l’euro.
Cependant, les dernières données sur l’activité des entreprises pour le mois de mai se sont révélées nettement plus faibles que prévu. Bien que le secteur manufacturier soit resté en zone d’expansion, la croissance a ralenti, passant de 52,2 à 51,4 points. Le secteur des services a affiché une tendance encore plus pessimiste, basculant en territoire de contraction à 46,4 points (contre 47,6 en avril). L’indice composite a lui aussi reculé, à 47,5 points.
La BCE adopte actuellement une approche attentiste, afin de préserver une certaine flexibilité dans sa prise de décision. Cependant, les données récentes dressent un tableau contrasté. Les fermetures quotidiennes du détroit d’Ormuz continuent de soutenir des prix du pétrole élevés, ce qui renforce les pressions inflationnistes. Cela augmente, par ricochet, la probabilité d’une hausse de taux lors de la prochaine réunion de la BCE en juin.
Un tel ralentissement économique pourrait profondément modifier les anticipations concernant la politique de la BCE, car des hausses de taux agressives risquent de déclencher une récession dans la zone euro, d’autant qu’il existe peu de raisons de s’attendre à un ralentissement significatif de l’inflation dans un avenir proche. Même un accord hypothétique mettant fin au blocus dans le golfe Persique ne compenserait que partiellement les dommages déjà causés. Les prix de l’énergie devraient rester élevés tant que les pays n’auront pas reconstitué leurs réserves.
Parallèlement, les attentes relatives à la politique de la Federal Reserve évoluent rapidement vers un positionnement plus restrictif. Le marché n’anticipe plus de baisses de taux ; au contraire, une hausse est désormais attendue d’ici la fin de l’année, suivie d’une autre en mars prochain. La raison officielle de cette révision des prévisions réside dans des chiffres d’inflation américains plus élevés que prévu et dans la résistance de l’indice des prix à la production. En conséquence, l’équilibre des risques s’est brusquement déplacé vers un scénario dans lequel l’inflation américaine continue de s’accélérer sans réponse adéquate de la Federal Reserve.
Selon le dernier rapport de la CFTC, les positions spéculatives sur l’euro sont proches de la neutralité, tandis que la valeur fondamentale estimée poursuit son recul régulier.
La semaine dernière, nous avions souligné la probabilité croissante d’un mouvement baissier sur l’EUR/USD, et cette prévision demeure inchangée malgré le léger rebond ayant suivi les informations concernant un possible accord entre les États-Unis et l’Iran. L’euro pourrait progresser quelque peu à court terme si des nouvelles géopolitiques positives venaient à paraître, mais le potentiel de hausse semble limité au seuil de 1,1700. Nous continuons de juger plus probable une nouvelle baisse, d’abord en direction du récent creux à 1,1575, après quoi la paire pourrait potentiellement évoluer vers 1,1410.