La croissance corrective de la livre sera de courte durée

En avril, le taux d’inflation annuel des prix à la consommation au Royaume-Uni a reculé de 3,3 % à 2,8 %. À première vue, ce résultat peut paraître surprenant ; toutefois, il s’explique par ce que l’on appelle les « effets de base ». Il y a un an, en avril, l’inflation avait bondi de 1,25 %, et le fait d’exclure ce pic du calcul annuel a conduit à la baisse observée.

Cependant, la hausse mensuelle des prix a été de 0,75 %, ce qui correspond, en rythme annualisé, à 9 %. Avant le déclenchement du conflit dans le Golfe, ces chiffres étaient déjà intégrés aux prévisions, et un ralentissement de l’inflation à 2 % était anticipé.

Même dans l’hypothèse d’un accord de paix rapide, le choc inflationniste devrait persister pendant plusieurs mois. Si le conflit se prolonge et que le détroit d’Ormuz reste fermé, les effets cumulés pourraient durer jusqu’en 2027. Cela aura un impact significatif sur les volumes de production, l’emploi et, bien entendu, l’inflation.

Les prévisions indiquent que l’inflation restera nettement au‑dessus de 3 % au second semestre 2026. Dans ces conditions, la Bank of England ne pourra pas abaisser ses taux d’intérêt cette année. De plus, à mesure que l’inflation augmentera vers la fin de l’année, la banque centrale subira des pressions pour durcir sa politique monétaire.

Le NIESR Institute propose trois scénarios pour l’évolution future des prix, allant du plus pessimiste au plus optimiste. Pourtant, dans tous les cas de figure, l’inflation devrait augmenter tout au long du second semestre de l’année, car les principaux retards dans les livraisons d’énergie n’ont réellement commencé qu’en mai et, même si le détroit d’Hormuz est rouvert, il faudra au minimum six mois pour que la situation se normalise.

Dans ce contexte, la résilience de l’économie est particulièrement cruciale, et les dernières données apparaissent assez préoccupantes. La hausse des prix de détail au Royaume-Uni a ralenti en mai sur fond de recul de la demande : les prix ont augmenté à leur rythme le plus faible depuis plus d’un an, et cette dynamique devrait se poursuivre en juin. L’indice PMI des services, qui contribue le plus au calcul du PIB, a fortement ralenti en mai, passant de 52,7 à 47,9, et l’indice composite est entré en territoire de contraction malgré la résilience actuelle du secteur manufacturier.

Bien que la livre semble relativement solide grâce à la diminution des risques politiques internes et qu’elle soit dans l’attente de la publication de l’indice d’inflation core PCE aux États‑Unis – sur lequel la Federal Reserve s’appuie pour évaluer les pressions fondamentales sur les prix –, ce rapport conduira presque à coup sûr à une révision des anticipations de taux de la Fed, très probablement en faveur d’un niveau plus élevé, ce qui soutiendrait le dollar.

Les positions spéculatives sur la GBP pour la semaine de référence sont devenues encore plus baissières, tandis que le prix théorique poursuit sa tendance à la baisse.

La semaine dernière, nous avons privilégié le scénario d’une poursuite du recul de la paire GBP/USD, et ce scénario reste d’actualité. Nous considérons le rebond depuis les plus bas comme correctif. Nous n’anticipons pas de mouvements significatifs avant jeudi, car la publication de l’indice PCE pourrait fortement accroître la volatilité. Le potentiel de hausse de la paire GBP/USD est limité par la zone de résistance à 1,3660/80, et nous jugeons plus probable une reprise de la baisse en direction du récent plus bas à 1,3299.