La livre a réagi par un repli après l’annonce que la Bank of England maintenait son taux à 3,75 %, et cette décision a été moins unanime que prévu. Sept membres du comité ont voté pour une pause, tandis que deux — le chef économiste Huw Pill et la membre externe Megan Greene — ont plaidé pour une hausse immédiate à 4 %. Il convient de noter qu’il y a seulement quelques semaines, le marché anticipait jusqu’à quatre voix en faveur d’une hausse — il y en a eu deux fois moins en réalité. La responsabilité en incombe aux récentes données faisant état d’une inflation modérée et à la situation favorable au Moyen-Orient.
Le mot clé du communiqué est « encourageant ». Le gouverneur Andrew Bailey a qualifié ainsi le recul des prix du pétrole sous 80 $ le baril, une première depuis trois mois. Cela a donné à la majorité du comité une raison de marquer une pause : « Le resserrement des conditions financières, survenu de lui‑même après le début de la guerre avec l’Iran, a déjà offert une protection contre les risques inflationnistes sans nécessité d’action directe », indique le communiqué. Bailey a décrit la position actuelle comme un maintien actif : en d’autres termes, le marché agit à la place de la banque centrale.
Cependant, le ton du communiqué est loin d’être accommodant. Le comité a explicitement averti que les mesures appropriées devront être fermes si l’inflation commence à repartir à la hausse. Les sept membres qui ont voté pour une pause ont reconnu le risque d’effets secondaires similaires à ceux actuellement observés dans la zone euro, auxquels la Banque centrale européenne a répondu en relevant ses taux jeudi dernier.
La prévision de pic d’inflation a été révisée à la baisse — de 3,6 % à 3,25 % au quatrième trimestre — ce qui, en soi, plaide pour la prudence mais non pour l’inaction.
Les signes d’une politique ferme mais plus prudente de la banque sont apparus dans les données publiées quelques heures avant la décision. Elles dressent un tableau préoccupant de l’économie réelle. Depuis le début de la guerre des États‑Unis avec l’Iran en février, 64 000 emplois ont été perdus, la croissance des salaires dans le secteur privé est tombée à son plus bas niveau en cinq ans, et le PIB s’est contracté de 0,1 % en avril. La faiblesse de la demande et du marché du travail est devenue le principal argument de la majorité contre un relèvement des taux à l’heure actuelle.
Il est important de noter le contexte dans lequel cette décision a été prise. Avant les frappes de février sur l’Iran, on s’attendait à ce que la BoE abaisse ses taux en 2026. Désormais, le marché anticipe une hausse cette année, avec 30 % de probabilité d’une deuxième, un revirement radical en seulement quelques mois.
Comme je l’ai mentionné plus haut, l’ECB a relevé son taux à 2,25 % la semaine dernière, et la Federal Reserve a envoyé un signal restrictif mercredi. La BoE reste pour l’instant quelque peu isolée, et cela pèse sur la livre, qui se négocie bien en dessous des niveaux observés au début de l’année. La viabilité de cette position dépendra de la rapidité avec laquelle la réouverture du détroit d’Ormuz se traduira par une réelle baisse de l’inflation énergétique dans le panier de consommation des ménages britanniques.
Concernant la configuration technique actuelle de la paire GBP/USD, les acheteurs de livre sterling doivent reconquérir la première résistance à 1,3250. Ce n’est qu’à cette condition qu’ils pourront viser 1,3290, au‑dessus duquel il sera assez difficile de s’affranchir. L’objectif suivant se situera autour de 1,3325. En cas de recul, les vendeurs tenteront de reprendre le contrôle de 1,3210. S’ils y parviennent, une cassure de cette zone porterait un sérieux coup aux positions des acheteurs et pousserait la paire GBP/USD vers un plus bas à 1,3180, avec un potentiel de baisse jusqu’à 1,3150.