Le pétrole s’apprête à clôturer la semaine sur une perte importante

Le pétrole semble se diriger vers sa troisième baisse hebdomadaire consécutive. Aujourd’hui, le Brent est tombé sous les 74 $ le baril, tandis que le WTI se négocie autour de 70 $. Sur la semaine, les contrats à terme ont perdu plus de 8 %. La situation a cessé d’être à sens unique. La veille, les deux indices de référence avaient bondi de plus de 2 % pour la première fois cette semaine après que le porte-conteneurs Ever Lovely a été touché par un projectile non identifié au sud-est d’Oman. Le marché a reçu un rappel brutal qu’un cessez-le-feu fragile est loin de constituer une paix durable.

L’attaque contre le navire a encore entamé la confiance, déjà fragile, des armateurs. Plusieurs pétroliers ont fait demi-tour tôt jeudi après avoir, selon les informations disponibles, reçu des avertissements de la marine iranienne, et l’International Maritime Organization a suspendu les opérations d’évacuation dans le détroit.

Les experts soulignent que la situation est compliquée par les détours géographiques. La route habituelle étant, semble-t-il, minée, deux itinéraires alternatifs au départ du Golfe sont apparus. L’un passe près de l’Iran, tandis que l’autre longe la côte d’Oman sous protection américaine. Le Gulf Affairs Office iranien a indiqué hier que le transit par des routes en dehors de sa juridiction ne garantirait pas un passage sûr. Il s’agit, en substance, d’une tentative de Téhéran de conserver un levier sur le détroit même après la signature du mémorandum.

Pour autant, la tendance générale à la baisse des prix du pétrole se maintient, et l’attaque n’a fait que la freiner, sans l’inverser. La hausse de 2 % observée hier n’était qu’un rebond technique, et non un changement fondamental de tendance. Rappelons qu’avant même l’attaque, les contrats à terme avaient brièvement effacé l’ensemble des gains liés au conflit, revenant à leurs niveaux d’avant-guerre.

Le tableau fondamental continue d’exercer une pression sur les prix, sous l’effet de la rapide reprise de l’offre. Plus tôt cette semaine, les flux de pétrole en provenance du Golfe persique ont atteint leur rythme le plus rapide depuis le début de la guerre. Goldman Sachs estime que les exportations actuelles représentent près des deux tiers de leur niveau normal et relève que la forte réduction des stocks mondiaux a ralenti. Les producteurs du Golfe augmentent rapidement leur production, alors même qu’ils sont confrontés à une pénurie de pétroliers pour le transport. Les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar accroissent leurs livraisons, comme nous l’avons évoqué récemment. Un détail intéressant illustre l’ampleur des distorsions logistiques.

Le contexte politique accentue l’incertitude. Trump a déclaré jeudi soir que le détroit est ouvert, tout en mentionnant que l’Iran achèterait des produits agricoles américains avec les fonds provenant d’avoirs gelés. Téhéran conteste cette affirmation, et ce type de divergence dans l’interprétation des termes de l’accord est apparu à plusieurs reprises, comme on l’a déjà constaté au fil des dernières semaines de négociations.

Quant au tableau technique actuel du pétrole, les acheteurs doivent dépasser la première résistance à 74,85 $. Cela leur permettrait de viser 81,38 $, un seuil au-dessus duquel il sera assez difficile de poursuivre la hausse. L’objectif le plus éloigné se situe dans la zone des 86,67 $. En cas de baisse des prix du pétrole, les vendeurs chercheront à reprendre le contrôle à 67,77 $. Si ce niveau est franchi, la rupture de cette zone portera un sérieux coup aux positions des acheteurs et fera reculer le pétrole vers un creux à 59,96 $, avec un potentiel de baisse jusqu’à 51,99 $.