Pourquoi le dollar américain a-t-il chuté aussi brutalement ?

Le dollar a plongé et les actifs risqués ont grimpé. C’est ainsi que le marché a réagi au rapport sur l’inflation américaine de juin, qui a constitué la plus forte surprise désinflationniste de ces derniers temps.

Selon les données, l’indice des prix à la consommation (IPC) global n’a augmenté que de 3,5 % sur un an, soit nettement en dessous de la prévision de 3,8 % et en fort ralentissement par rapport aux 4,2 % enregistrés en mai. La dynamique mensuelle est encore plus révélatrice : les prix ont reculé de 0,4 % alors qu’une baisse limitée à 0,1 % était anticipée, après une hausse de 0,5 % en mai. L’indicateur de base, qui exclut les prix volatils de l’alimentation et de l’énergie et est considéré comme la mesure la plus fiable des pressions inflationnistes durables, a tout autant surpris le marché.

Par rapport au mois précédent, l’IPC de base est resté inchangé, s’établissant exactement à zéro au lieu des 0,2 % attendus. En glissement annuel, l’inflation de base a ralenti à 2,6 %, contre une prévision de 2,8 % et 2,9 % en mai.

L’ampleur de cette surprise est particulièrement significative au regard de ce qui se passait sur les marchés juste avant. Hier et avant-hier encore, les opérateurs relevaient fébrilement leurs anticipations de hausses de taux de la Bank of England, de la Banque centrale européenne et de la Federal Reserve sur fond de forte hausse des cours du pétrole et de montée des tensions entre les États‑Unis et l’Iran, avec le Brent s’approchant du seuil de 90 dollars le baril. Le gouverneur de la Fed, Christopher Waller, avait récemment averti que la banque centrale pourrait devoir durcir sa politique si l’inflation de base continuait de signaler des pressions généralisées sur les prix. L’IPC de juin contredit directement cette affirmation, montrant qu’au moins au moment de la collecte des données pour juin, les pressions sur les prix étaient en réalité en train de s’atténuer.

Il est important de tenir compte du décalage temporel. Les données de juin reflètent la situation antérieure à la phase la plus critique de l’escalade actuelle autour du détroit d’Hormuz, qui s’est déroulée en juillet, lorsque Trump a rétabli le blocus des navires iraniens et que le pétrole a grimpé à des plus hauts de plusieurs mois. En d’autres termes, le rapport publié aujourd’hui offre un instantané de l’économie à un moment où la prime de risque géopolitique intégrée dans les prix de l’énergie ne s’était pas encore pleinement matérialisée, et où la phase de désescalade précédente continuait d’exercer un effet désinflationniste.

Cela rend l’interprétation des données particulièrement délicate : le marché a reçu un signal fort indiquant un refroidissement de l’inflation au moment même où de nouveaux événements géopolitiques commençaient à créer de nouvelles pressions inflationnistes, qui ne se manifesteront que dans les chiffres de juillet et d’août.

La coïncidence temporelle avec les déclarations de Warsh confère aux données une importance particulière. Dans son discours devant le Congrès, le président de la Fed a déclaré que les membres du comité ne toléreront pas une inflation durablement élevée et qu’ils sont déterminés à rétablir la stabilité des prix tout en maintenant le taux dans une fourchette de 3,50 à 3,75 pour cent.