L’économie japonaise est confrontée à un regain de pressions inflationnistes. L’indice des prix à la consommation (IPC) de Tokyo — un indicateur avancé clé de l’inflation à l’échelle du pays — a accéléré pour atteindre 1,7 % sur un an en juin. Parallèlement, l’IPC de base (hors produits frais) a augmenté à 1,6 %, tandis que la mesure plus large de l’inflation sous-jacente s’est accélérée à 1,9 % contre 1,6 % en mai, dépassant les attentes du marché.
L’indice des prix de gros (Corporate Goods Price Index, CGPI) a bondi à 6,3 % sur un an en mai, son plus haut niveau depuis trois ans, indiquant que la hausse des coûts des produits énergétiques importés est répercutée plus rapidement sur les prix intérieurs.
La croissance économique est restée résiliente jusqu’à présent, le PIB ayant augmenté de 2,1 % au premier trimestre. Cependant, le deuxième trimestre devrait être nettement plus faible en raison d’un environnement géopolitique extrêmement défavorable. Un rebond n’est probable qu’à l’approche de la fin de l’année, et seulement si les tensions s’atténuent et si les chaînes d’approvisionnement mondiales commencent à se normaliser — une issue qui, à ce stade, semble peu probable. Les conséquences potentielles vont bien au‑delà d’une hausse de l’inflation et incluent un affaiblissement de la demande réelle des consommateurs, une moindre utilisation des capacités de production et un ralentissement de la croissance des exportations. À terme, cela pourrait conduire à une baisse de l’investissement, ce qui constituerait un scénario particulièrement dangereux pour l’économie japonaise.
En avril 2026, les importations de pétrole du Japon ont diminué de près de 66 % par rapport à la même période un an plus tôt. Seuls des efforts vigoureux de diversification des sources d’approvisionnement ont permis aux importations de revenir à environ 90 % de leur niveau d’avant le conflit. Cependant, le problème ne se limite pas au pétrole brut. Par exemple, les pénuries de naphta ont entraîné une baisse de 37,1 % de la production d’éthylène en avril, tandis que les coûts de l’énergie ont fortement augmenté. D’après le Japan Research Institute, si les prix du pétrole restent au‑dessus de 87 $ le baril, ce facteur à lui seul pourrait déclencher le début d’une récession. Une hausse plus marquée des prix du pétrole pourrait se traduire par une contraction de 3 % du PIB. Le Japon dépend actuellement fortement de ses réserves stratégiques de pétrole, mais ces réserves sont limitées. Par conséquent, le conflit dans le Golfe persique exerce un impact de plus en plus significatif à la fois sur l’économie japonaise et sur le yen.
Les marchés financiers s’attendent à ce que la Bank of Japan laisse son taux directeur inchangé lors de sa réunion de juillet, la prochaine hausse de taux n’étant pas envisagée avant décembre.
La position spéculative nette vendeuse sur le yen s’est réduite de 2,38 milliards JPY au cours de la dernière semaine de référence, pour s’établir à -9,55 milliards JPY. Malgré cette amélioration, la juste valeur estimée est de nouveau passée au‑dessus de sa moyenne de long terme sous l’influence de facteurs de court terme.
Le yen est devenu l’otage de trois forces puissantes : le choc externe sur l’énergie, la détérioration des termes de l’échange et l’écart de taux d’intérêt persistant avec les États‑Unis. Bien que la Bank of Japan ait relevé son taux directeur à 1,0 % et reste prête à poursuivre la normalisation de sa politique monétaire, les marchés n’anticipent pas de nouvelle hausse de taux avant décembre 2026.
Sur le plan technique, l’USD/JPY se rapproche d’un test du seuil de 163,00. Une cassure durable au‑dessus de cette résistance ouvrirait la voie vers la zone 165,00–170,00 et déclencherait presque à coup sûr une réaction des autorités japonaises. Sur le plan fondamental, les développements géopolitiques demeurent le principal moteur du marché. Tant que le conflit affectant le détroit d’Ormuz persiste, les risques restent orientés vers un affaiblissement supplémentaire du yen, malgré le ton de plus en plus restrictif adopté par la Bank of Japan. Le niveau de 163,00 constitue un seuil technique crucial : il représente une résistance horizontale de long terme qui coïncide avec le point médian du canal ascendant en place depuis 2022, ainsi qu’avec la borne supérieure du canal de fluctuation annuel. Une rupture décisive au‑dessus de ce niveau modifierait en profondeur les perspectives à long terme pour le yen.