Jeudi 23 juillet, la Banque centrale européenne tiendra sa prochaine réunion, à l’issue de laquelle la banque centrale devrait laisser tous les paramètres de politique monétaire inchangés. Il s’agit du scénario de base et de l’issue la plus attendue, déjà intégrée dans les cours. Par conséquent, l’attention principale des traders se portera sur la déclaration qui l’accompagne et sur la conférence de presse de Christine Lagarde.
À première vue, les dernières données macroéconomiques devraient plaider en faveur d’une position accommodante de la part de la BCE. Par exemple, l’inflation de juin dans la zone euro a ralenti à 2,8 % en glissement annuel, contre 3,2 % en mai. L’activité économique dans la région reste également faible, avec une croissance du PIB de la zone euro estimée à seulement 0,2 %, et les perspectives de croissance continuent de se détériorer. Il y a encore quelques semaines, ces facteurs permettaient aux marchés d’envisager une possible baisse des taux au second semestre de l’année.
Cependant, la situation a profondément changé à la suite d’une nouvelle vague d’escalade au Moyen‑Orient. La forte hausse des cours du pétrole au cours du mois écoulé confronte à nouveau la BCE au problème d’un risque de seconde vague de pressions inflationnistes. Pour l’économie européenne, fortement dépendante des importations d’énergie, une hausse du prix du pétrole signifie non seulement une augmentation de l’inflation globale, mais aussi un risque de nouvelle progression des coûts de production, des dépenses de transport et des prix des services. Pour cette raison, de nombreux membres du Conseil des gouverneurs de la BCE ont sensiblement durci leur rhétorique ces dernières semaines.
Un autre « signal d’alerte » pour la banque centrale est la persistance de l’inflation sous‑jacente. Malgré le ralentissement de l’IPC global, les pressions internes sur les prix restent assez fortes en raison de la hausse des salaires et d’un marché du travail relativement résilient. Pour la BCE, ces composantes sont essentielles et largement déterminantes, car elles reflètent des processus inflationnistes de long terme plutôt que des fluctuations temporaires des prix de l’énergie.
Par conséquent, il est peu probable que la réunion de juillet de la BCE puisse être qualifiée d’« accommodante ». Le scénario le plus probable est celui d’une « pause restrictive ». Cela signifie que la banque centrale maintiendra inchangés tous les paramètres de la politique monétaire tout en adoptant une rhétorique relativement ferme. Concrètement, Lagarde réaffirmera que la BCE reste « pleinement tributaire des données, ne prend aucun engagement et est prête à agir de manière décisive en cas de dégradation des perspectives d’inflation ». Il s’agit en substance d’un ensemble de formules standard que Lagarde a déjà utilisées à de nombreuses reprises. Toutefois, à la lumière de la hausse rapide des prix du pétrole, ces formules stéréotypées peuvent prendre une nouvelle importance, car les risques d’une nouvelle vague de pressions inflationnistes se sont nettement accrus.
Dans le même temps, Lagarde ne devrait pas signaler de possible relèvement des taux lors de la réunion de septembre, afin de conserver un ton équilibré dans sa communication.
Les grandes banques d’investissement s’accordent également à dire que l’issue la plus probable de la réunion de juillet sera un scénario de « pause restrictive ».
Par exemple, les analystes d’ING estiment que la BCE maintiendra ses taux inchangés ; toutefois, le discours de Lagarde devrait avoir une tonalité clairement restrictive. Selon eux, un relèvement des taux en septembre deviendra le scénario de base si les prix du pétrole restent à leurs niveaux actuels ou poursuivent leur hausse à moyen terme.
Les économistes de Citigroup n’anticipent pas non plus de modification des taux en juillet, mais jugent possible une hausse d’ici la fin de l’année si des prix de l’énergie durablement élevés commencent à se traduire par une progression persistante de l’inflation sous‑jacente et des salaires.
Une position similaire est défendue par les analystes de Bank of America. La banque estime que le redressement des prix de l’énergie augmente sensiblement la probabilité d’un relèvement des taux en septembre. Toutefois, à plus long terme, les experts de BoA tablent toujours sur un retour de l’inflation à l’objectif de 2 % et sur un assouplissement progressif de la politique monétaire.
Dans l’ensemble, selon un sondage Reuters, environ 70 % des économistes s’attendent à une nouvelle hausse des taux de la BCE d’ici la fin de l’année, le mois de septembre étant cité comme le plus probable. Dans le même temps, près d’un tiers des experts interrogés estiment que l’accélération de l’inflation en juin pourrait n’être que temporaire, ce qui signifie que la BCE pourrait effectivement renoncer à un durcissement supplémentaire.
Ainsi, les décisions formelles de la réunion de juillet devraient être globalement neutres, tandis que le communiqué et la rhétorique de Lagarde seront probablement nettement plus fermes qu’on ne l’anticipait il y a un mois. Les dernières données macroéconomiques pourraient assurément justifier un ton plus accommodant ; toutefois, la nouvelle hausse des prix du pétrole et la montée des risques inflationnistes empêcheront la BCE d’aller jusqu’à évoquer, même du bout des lèvres, un prochain assouplissement de la politique monétaire.
La réaction de l’euro dépendra du degré de « fermeté » de la rhétorique de Lagarde. Le marché devrait ignorer les formules vagues et habituelles selon lesquelles les décisions futures dépendront des données à venir. En revanche, même une allusion théorique à la possibilité d’un relèvement des taux dans un avenir proche apporterait un soutien significatif à l’euro et, en conséquence, aux acheteurs de EUR/USD. Dans ce cas, la paire pourrait tester la borne supérieure de la fourchette établie de 1,1410 – 1,1470, ce qui correspond à la ligne supérieure de l’indicateur Bollinger Bands sur l’unité de temps D1.