Vous voulez affaiblir votre adversaire ? Commencez par vous-même. C’est ainsi que se présente le plan du secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, qui a annoncé que le Treasury allait « au moins doubler » le rachat d’obligations de long terme. La réaction a été immédiate : le dollar américain est tombé à son plus bas niveau depuis mai.
Dynamique du dollar et des rendements des TreasuriesLe dollar n’a pas résisté à son propre affaiblissement. Le billet vert a presque semblé tendre l’épaule au coup, permettant aux rendements des obligations à 30 ans de se détendre après avoir atteint des niveaux inédits depuis 2007. Par ailleurs, Donald Trump a répété à plusieurs reprises qu’une monnaie faible n’est pas un problème, mais un outil de compétitivité. Selon Evercore ISI, Bessent accueille réellement ce mouvement avec satisfaction, car il réduit le déséquilibre commercial et facilite la vie des exportateurs.
Cependant, derrière cette noble façade se cache un calcul cynique. Citigroup estime que le principal prix à payer pour tenter de contrôler les rendements est un affaiblissement du dollar. En réalité, Washington choisit entre une crise de la dette et une crise monétaire, et le choix s’est déjà fait au détriment du billet vert. Un soldat seul ne fait pas la guerre, et le dollar semble prêt à sacrifier une partie de sa force pour éviter un scénario plus destructeur sur le marché des Treasuries.
Cela dit, il est encore trop tôt pour enterrer le billet vert. State Street rappelle que les flux de capitaux vers les actions américaines portés par l’intelligence artificielle et la hausse des prix du pétrole continuent d’apporter un solide soutien à l’indice USD. Le différentiel de taux d’intérêt entre la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne reste également en faveur du dollar — les anticipations de relèvement de taux en décembre n’ont pas disparu, malgré le compte rendu incertain de la dernière réunion du FOMC.
Réactions des devises aux actions sur les TreasuriesParallèlement, la dédollarisation n’est plus une théorie du complot mais une hypothèse de travail chez Deutsche Bank, qui conseille à ses clients d’envisager l’or, le franc et l’euro comme alternatives au billet vert dans les prochains mois. Les devises asiatiques et européennes gagnent en marge de manœuvre précisément parce que Washington s’est lui-même donné plus de liberté pour intervenir à la fois sur les marchés de la dette et des changes — d’abord conjointement avec le Japon pour soutenir le yen, et désormais sur son propre marché des bons du Trésor.
Ainsi, le dollar américain s’est lui-même placé en situation de vulnérabilité — non pas sous le coup de quelqu’un d’autre, mais en raison de ses propres calculs. Ce sont deux choses différentes. La paire EUR/USD progresse sous l’effet des émotions du marché, et non en raison de la solidité de l’économie européenne, qui est encore loin d’une phase d’expansion assurée.
Washington peut-il maîtriser les conséquences de sa propre expérience, ou le dollar américain a-t-il déjà payé un prix qu’il ne s’attendait pas à payer ?
Techniquement, sur le graphique quotidien, la paire EUR/USD forme un schéma 20-80. Malgré la tendance « haussière » à moyen terme au sein des Wolf Waves, une chute sous le niveau de support de 1,167 justifie des ventes à court terme. Si cela ne se produit pas, il convient de conserver les positions longues déjà ouvertes.