L’euro joue avec les nerfs

Le calme avant la tempête est trompeur. Les cambistes le savent mieux que quiconque : alors que la volatilité de l’EUR/USD reste faible, en coulisses se prépare silencieusement la tempête à venir. À l’approche du discours du président de la Fed Kevin Warsh à Jackson Hole, les intervenants de marché augmentent leurs couvertures, anticipant un renforcement du dollar américain.

Dynamique hebdomadaire de la volatilité de l’EUR/USD

Le billet vert a déjà récupéré la moitié des pertes subies après l’initiative inattendue du secrétaire au Trésor Scott Bessent visant à soutenir le marché obligataire. Les données de CME Group montrent que 57,2 % des contrats à terme cette semaine profitent de la hausse du dollar face à un panier de devises, contre 43,2 % une semaine plus tôt. Le « risk reversal » est devenu moins baissier.

« Il s’agit potentiellement d’un événement clé pour le Forex, et les marchés pourraient hésiter à constituer des positions vendeuses excessives sur le dollar », souligne ING. Toutefois, Spectra Markets prévient que le symposium risque de se transformer en non-événement. Warsh a peu de chances d’adopter un ton « hawkish » au vu des données récentes, et un « dovish shift » serait inconfortable alors que le Trésor lui-même limite la hausse des rendements des obligations à long terme.

Dans ce contexte, couvrir la paire EUR/USD sur une semaine est peu coûteux : à 4,7 %, l’un des niveaux les plus bas avant Jackson Hole depuis 2010. Néanmoins, la volatilité hebdomadaire a augmenté de près de 30 % au cours des dix dernières séances — il s’agit de la cinquième plus forte hausse en l’espace d’une quinzaine d’années. Il reste donc de la marge pour un mouvement brusque si Warsh décide de surprendre le marché.

Parallèlement, la Banque centrale européenne mène son propre jeu. Le compte rendu de la réunion de juillet a montré que certains membres du Conseil des gouverneurs seraient favorables à une hausse de taux. Ils invoquent la combinaison actuelle du PIB et des prix à la consommation. Avec une inflation autour de 3 % pour un objectif de 2 % et une croissance économique supérieure aux attentes, le marché intègre désormais une nouvelle hausse de taux de la BCE d’ici seulement deux semaines.

La « faucon » Isabel Schnabel insiste sur le fait que le conflit au Moyen-Orient et la poursuite de la croissance du PIB alimentent le risque d’une accélération de l’inflation. Le « colombe » Piero Cipollone rétorque qu’un resserrement excessif pénalisera l’économie. Philip Lane estime que 2,5 % constitue la borne supérieure de la fourchette neutre, contre 2,25 % actuellement pour le taux de dépôt.

Morgan Stanley anticipe un EUR/USD au-dessus de 1,20 en raison des rachats de bons du Trésor et d’une prime liée au différentiel de rendement. Societe Generale se montre plus réservée : fondamentalement, la paire « devrait se situer » autour de 1,12, mais la croissance et les taux jouent en faveur de l’euro. Une fourchette de 1,12–1,20, avec une valeur d’équilibre autour de 1,16, constitue le compromis. Le dollar américain n’est pas bridé par le nouveau président de la Fed, mais par le secrétaire au Trésor, qui rend l’argent artificiellement moins cher.

Alors, qu’est-ce qui l’emportera vendredi : des chiffres « hawkish » ou la prudente attitude « dovish » de Warsh ? Je parie que le marché entendra exactement ce qu’il a envie d’entendre.

Techniquement, sur le graphique quotidien, l’EUR/USD continue de se battre pour la borne supérieure de la zone de juste valeur, située entre 1,135 et 1,165. Une victoire des « bulls » offrirait un point d’appui pour des achats, tandis qu’un succès des « bears » justifierait des ventes.