Bitcoin cherche sa légende

Le cours intègre déjà toutes les informations. Les traders ont bien retenu cette leçon. Le Bitcoin est passé sous les 80 000 $ après que le président de la Fed, Kevin Warsh, a promis de ramener l’inflation vers l’objectif de 2 %, ce qui a fait grimper les rendements des Treasuries et refroidi l’appétit pour le risque. Toutefois, la correction est restée modérée et ne marque pas un retournement du marché des cryptomonnaies.

Kevin Warsh a souligné que les conditions financières ne sont pas restrictives et que l’inflation doit clairement converger vers la cible de la Fed. Cette formulation renforce les attentes d’un resserrement monétaire prolongé. Néanmoins, le BTC/USD reste nettement au-dessus de ses niveaux de début de mois et absorbe sans difficulté ce signal « hawkish ».

Le marché des cryptomonnaies manque encore de paris directionnels clairs après un short squeeze provoqué par une liquidation record de positions vendeuses à effet de levier. Selon Coinglass, l’intérêt ouvert sur les contrats à terme Bitcoin ne s’est pas redressé. En réalité, le marché fait preuve d’une maturité qui lui faisait défaut lors des précédents cycles.

Les traders se concentrent sur les repères de long terme. D’après une étude de Galaxy Digital, lors de quatre marchés « bear » sur cinq achevés, une sortie par le haut au-dessus de la moyenne mobile à 50 semaines marquait la formation définitive d’un point bas. Le temps dira s’il s’agit d’une simple coïncidence ou d’un véritable schéma récurrent.

Dynamique du Bitcoin et de l’or

Seul, on ne fait pas la guerre. Durant la semaine précédant le 28 août, 2,5 milliards de dollars ont afflué vers les fonds spot Bitcoin. Il s’agit du plus important flux entrant depuis octobre. L’or et d’autres actifs alternatifs ont également progressé dans le cadre de ce que l’on appelle le « debasement trade ». L’essence de cette stratégie est que les investisseurs intègrent dans les prix leurs anticipations de dépréciation du dollar en raison de la hausse des déficits budgétaires.

Cependant, une partie de ce mouvement n’est rien d’autre qu’une fuite vers les actifs alternatifs sur fond d’inquiétudes liées à l’endettement des États-Unis et à la politique de la Maison-Blanche. Les déclarations du secrétaire au Trésor Scott Bessent ont accentué ces craintes, même si la cryptomonnaie a déjà perdu une partie de ses gains, repassant sous les 80 000 $.

La prudence des investisseurs est justifiée. Le krach d’octobre, lorsque le Bitcoin a chuté de plus de 12 % après les menaces de tarifs douaniers de Trump contre la Chine, a montré à quelle vitesse de beaux récits peuvent s’effondrer. Pendant ce temps, l’or a poursuivi sa progression vers ses plus hauts historiques, réaffirmant son statut de principal actif refuge.

D’autant plus que les risques d’escalade des conflits commerciaux entre les États-Unis, le Canada et la Chine, aggravés par les tensions autour de l’Iran, freinent les « bulls » sur la paire BTC/USD.

Ainsi, le Bitcoin est toujours en quête d’un récit solide qui puisse mettre en avant sa valeur fondamentale plutôt que son statut d’actif spéculatif. Cette recherche s’est intensifiée depuis que le token est entré dans son « adolescence » et a suscité l’intérêt des investisseurs institutionnels. Trouvera-t-il enfin sa légende ?

D’un point de vue technique, sur le graphique quotidien, BTC/USD consolide après un rallye rapide. Le catalyseur pour un retour sur des positions longues sera la cassure des niveaux de résistance à 79 450 $, 80 000 $ et 81 200 $.