Les services publics émettent un signal d’alerte

L’économie américaine a créé 162 000 emplois en août, soit près de trois fois le consensus, marquant un net rebond après les 21 000 enregistrés en juillet. Ce qui constitue une bonne nouvelle pour le marché du travail s’est transformé en mauvaise nouvelle pour les actions : le S&P 500 a terminé en baisse, les secteurs de la consommation discrétionnaire, de la santé et de l’énergie figurant parmi les plus forts replis.

Performance des indices boursiers

Pourquoi ? Des chiffres solides sur l’emploi suppriment le prétexte le plus clair de la Fed pour repousser une hausse des taux le 16 septembre. La probabilité d’un resserrement est passée de 52 % à 60 % immédiatement après la publication. UBS Group prévoit désormais deux hausses de taux, en septembre et en décembre, alors même que le président américain Donald Trump a appelé à des taux d’intérêt plus bas, invoquant une situation du crédit américain « bien plus solide ». Les marchés, cependant, redoutent clairement le scénario inverse.

Pendant ce temps, l’indice de peur de Wall Street, le VIX, évolue tranquillement autour de 14, soit plus de 20 % en dessous de sa moyenne annuelle, comme s’il ignorait la nervosité qui couve sous la surface. Et il y a de quoi être mal à l’aise : les services aux collectivités, généralement le secteur le plus calme du marché, figurent désormais parmi les deux plus mauvais performeurs depuis le début de l’année, après une envolée exceptionnelle de plus de 11 % jusqu’à la fin février.

Dynamique des anticipations de marché concernant le taux des Fed funds

Ce calme est le signal clé. Depuis longtemps, les valeurs de services publics jouent le rôle de canari dans la mine de charbon pour les actions — c’est le secteur le plus sensible au rythme du resserrement monétaire de la Fed, car il dépend d’un endettement bon marché et de dividendes réguliers. L’histoire confirme cette image : le Dow Jones Utility Average a précédé le pic du S&P 500 lors de 21 des 30 sommets de marché haussier depuis 1930 et, après chacun de ces signaux précurseurs, les indices ont retracé plus de 29 % en moyenne.

Pour l’instant, la tendance haussière reste intacte et les bénéfices des entreprises continuent d’alimenter le rally — le S&P 500 affiche une progression d’environ 13 % depuis le début de l’année. La question est de savoir combien de temps ce coussin va tenir. Les traders tournent désormais leur attention vers les chiffres de l’inflation de vendredi. Ce sont ces données, et non un seul rapport sur l’emploi, qui détermineront si l’inflation reste au‑dessus de l’objectif de 2 % de la Fed et si la banque centrale doit resserrer davantage sa politique.

Le marché se trouve donc pris dans un piège inconfortable : plus l’économie est solide, plus la situation paraît inquiétante pour les investisseurs. Wall Street tiendra-t-elle compte de l’avertissement du canari avant qu’il ne soit trop tard ?

Techniquement, le graphique quotidien du S&P 500 montre un rebond sur la ligne de tendance dans le cadre d’un schéma à Trois Touchers. Le scénario de retournement 1?2?3 peut encore être relancé. Une rupture sous la juste valeur à 7 675 constituerait un signal de vente. À l’inverse, un retour au-dessus de 7 755 donnerait aux acheteurs une raison d’entrer sur le marché.