Lagarde confrontée à un risque institutionnel alors que les évolutions du mois d’août rendent obsolètes les projections de la BCE

La Banque centrale européenne relèvera jeudi le taux de dépôt de 25 points de base, à 2,5 %. La décision sera annoncée à 15 h 15, heure de Moscou, et Christine Lagarde tiendra une conférence de presse une demi-heure plus tard. La réunion se tient en dehors du siège de Francfort, une pratique annuelle pour la banque centrale.

Cette hausse sera la deuxième depuis le début de la guerre en Iran, qui a entraîné une flambée des prix de l’énergie, et elle consolidera le statut de la BCE en tant que banque centrale la plus restrictive du G7. L’inflation dans la zone euro a déjà dépassé 3 %, un niveau proche d’un plus haut de près de trois ans, et aucun recul significatif n’est attendu dans les prochains mois. Rappelons que la BCE a relevé ses taux en juin indépendamment de la Fed et de la Bank of England.

La véritable énigme, toutefois, ne réside pas dans la décision elle-même mais dans ce qui va suivre. Les marchés intègrent dans les cours deux hausses supplémentaires ou plus, tandis que les économistes demeurent sceptiques. Goldman Sachs considère qu’une hausse à court terme cette semaine est probable, mais souligne l’énorme incertitude entourant les perspectives ainsi que les signes de division au sein du Conseil des gouverneurs.

Cette division est désormais publique et se concentre sur la question de la limite de la neutralité. Gediminas Shimkus, de Lituanie, a déclaré qu’une hausse à 2,5 % serait insuffisante pour ramener l’inflation à 2 %, en évoquant une croissance plus vigoureuse. À l’inverse, le membre du Directoire Piero Cippollone a mis en garde contre un resserrement excessif afin d’éviter des dommages économiques.

Un débat particulièrement étonnant porte sur la frontière même de la neutralité. Le seuil de 2,5 % est largement considéré comme la limite supérieure d’une zone neutre, au-delà de laquelle l’activité commence à ralentir ; le chef économiste Philip Lane a déjà cité ce chiffre par le passé.

Peut‑être l’objection la plus notable vient‑elle de l’extérieur de la BCE : le président de la Bundesbank, Joachim Nagel. Il a exhorté les responsables à tenir compte de la récente hausse mondiale des rendements obligataires, qui complique la situation même si le durcissement des conditions financières aide la BCE à contenir l’inflation. En termes simples, les marchés ont déjà effectué une partie du resserrement à la place de la banque centrale, et une action supplémentaire sur les taux risquerait d’amplifier cet effet.

On se heurte ici à un problème méthodologique qu’il faut formuler clairement. Les nouvelles projections trimestrielles autour desquelles va s’articuler le débat ont été préparées avec une date de clôture en août et n’intègrent donc ni le dernier bond des rendements souverains ni la flambée des prix de l’énergie. Je suis convaincu qu’il s’agit là d’une faille critique : le Conseil des gouverneurs va prendre des décisions en s’appuyant sur une vision du monde vieille d’environ un mois, alors que le Brent s’approche de 102 $ et que le gaz européen atteint des sommets de l’ère 2023.

Un autre thème concerne l’avenir de Lagarde : les rumeurs d’un départ anticipé se sont intensifiées. Ses remarques après la réunion de juillet ont constitué le signal le plus clair à ce jour qu’elle pourrait ne pas rester jusqu’à la fin de son mandat, en octobre 2027. La pression sur la banque pourrait augmenter fortement si Isabel Schnabel quittait elle aussi ses fonctions avant terme : son mandat court jusqu’à la fin de 2027 et elle pourrait rejoindre le FMI. La perspective de ces deux départs créerait pour la BCE un risque institutionnel qui l’emporterait sur toute décision individuelle de taux.

Le tableau technique pour EUR/USD suggère que les acheteurs doivent franchir 1,1650 pour viser 1,1670. À partir de là, 1,1690 devient envisageable, mais dépasser ce niveau sans l’appui d’acteurs majeurs sera difficile. À la baisse, on peut s’attendre à des achats significatifs seulement autour de 1,1625 ; si les acheteurs sont absents à ce niveau, il est prudent d’attendre un nouveau plus bas à 1,1610 ou d’envisager des positions longues à partir de 1,1580.

Le tableau technique pour GBP/USD montre que les acheteurs de livre doivent franchir la première résistance à 1,3565 pour viser 1,3585 ; dépasser ce niveau sera difficile. L’objectif plus éloigné est 1,3600. En cas de repli, les vendeurs tenteront de prendre le contrôle de 1,3535. S’ils y parviennent, une sortie du range infligera de sérieux dégâts aux acheteurs et poussera GBP/USD vers 1,3510, avec la perspective d’une extension vers 1,3480.