L’euro sous pression alors que les turbulences politiques et les menaces sur l’énergie s’intensifient

L’EUR/USD tente de retrouver un point d’appui, mais la situation donne plutôt l’impression que le sol se dérobe. La montée des risques politiques en France et en Allemagne, combinée à la détermination de la Fed à ramener l’inflation vers son objectif de 2 %, presque quel qu’en soit le coût pour l’économie américaine, fait peser un lourd fardeau sur la principale paire de devises.

Dynamique des positions spéculatives sur le dollar

Les hedge funds et les gestionnaires d’actifs ont été pris de court par le ton offensif de Kevin Warsh lors de la conférence de presse suivant la réunion du FOMC. Avant cela, les spéculateurs avaient réduit leurs positions longues sur le dollar pendant sept semaines consécutives. Ils ont désormais été contraints de faire volte-face. JP Morgan note qu’avant la réunion, le billet vert était sous-évalué d’environ 2 à 4 %; depuis, les échanges se sont transformés en une course de rattrapage.

Bank of America souligne que le communiqué du Comité a supprimé le passage laissant entendre que l’inflation était en partie due à l’offre. Cela signale l’intention de la Fed de mobiliser tout son poids contre la hausse des prix. En conséquence, la banque maintient un scénario de resserrement non seulement pour décembre, mais aussi pour octobre. Goldman Sachs partage une analyse similaire.

Leur position paraît logique au regard des déclarations d’Austan Goolsbee. Le président de la Fed de Chicago a indiqué que les chocs d’offre ont duré plus longtemps et eu des effets plus importants que prévu. Dans ces conditions, la Fed doit agir de manière résolue, même si les hausses de taux infligent des souffrances à l’économie américaine.

Lorsqu’une banque centrale ne perçoit pas de contrainte politique, elle peut durcir sa politique en toute sérénité. La BCE évolue dans un tout autre contexte : une épée de Damoclès du risque politique en Allemagne et en France, ainsi que la menace imminente d’une crise énergétique. La popularité du chancelier Friedrich Merz chute fortement après que son parti a perdu des élections dans deux régions. Dans l’un des scrutins, la CDU n’a pas réussi à franchir le seuil des 5 %, s’arrêtant à 4,9 % et manquant ainsi une représentation parlementaire ; dans l’autre, elle a cédé du terrain à la gauche.

Résultats des élections régionales

La France n’est pas moins volatile : le gouvernement y a fièrement annoncé des projets de réduction du déficit budgétaire, tandis que l’opposition au Parlement a déjà poussé plusieurs Premiers ministres à démissionner. Une nouvelle démission se profile, portant les spreads de la dette souveraine française et allemande à des niveaux inédits depuis la crise de la dette européenne de 2012.

L’Arabie saoudite a averti l’UE qu’elle ne peut pas honorer certains engagements de livraison, car l’oléoduc Est–Ouest est à l’arrêt. Cela ravive le risque d’une nouvelle crise énergétique et accentue la pression sur l’euro.

D’un point de vue technique, le graphique journalier montre que l’EUR/USD a formé une « inside bar ». Une cassure au-dessus du plus haut à 1,1495 augmenterait le risque d’un rebond et justifierait des achats à court terme. Si les acheteurs n’y parviennent pas et que le cours casse en dessous de 1,1455 $, cela constituerait un signal de vente.