L’EUR/USD a entamé le mois de novembre en hausse : lundi, l’euro a gagné environ 0,5 % à 1,1237 après avoir clôturé la semaine précédente à 1,1160. Il s’agit d’un rebond notable après que la paire a touché un plus bas annuel à 1,1104 le 29 octobre. Mais cela annonce-t-il un retournement de tendance ? À en juger par la situation fondamentale, pas encore : la hausse s’explique par la baisse des prix du pétrole et les prises de bénéfices avant les élections américaines, tandis que les principaux problèmes de l’euro demeurent.
Qu’est-ce qui a soutenu l’euro lundi ?
Le principal facteur a été le pétrole. Le Brent a reculé d’environ 3 % pour tomber à 110 USD le baril après la poursuite des pourparlers entre l’Iran et les États-Unis, médiés par le Qatar. Selon les médias, le président américain Donald Trump aurait promis de ne pas lancer de frappes avant les élections de mi‑mandat, sans toutefois exclure une action ultérieure. Pour la zone euro, qui importe la majeure partie de son énergie, la baisse du pétrole atténue le risque de stagflation.
La deuxième raison tient aux positions de marché. Avant le scrutin, les grands investisseurs ont réduit leurs positions longues en dollars et les rendements des Treasuries américains se sont légèrement détendus. Les intervenants considèrent ce mouvement davantage comme un rebond tactique lié à des couvertures de positions qu’un véritable retournement de tendance. AMINA Bank souligne que les hedge funds ont subi de lourdes pertes en octobre, ce qui limite la capacité du marché à absorber de nouvelles surprises.
Données de la zone euro : meilleures qu’attendu, mais pas de point d’inflexion
Les données récentes ont été mitigées mais globalement conformes aux prévisions. Le PIB de la zone euro a progressé de 0,4 % au troisième trimestre, contre une attente de 0,2 %, tandis que le taux de chômage est resté à 6,5 %. En Allemagne, l’inflation a ralenti à 2,8 % en octobre, après 3,3 %—en dessous des attentes—principalement grâce à une réduction temporaire de la taxe sur les carburants. L’inflation sous‑jacente en Allemagne a reculé à 2,1 %.
La situation diffère sensiblement d’un pays à l’autre. L’économie française s’est contractée de 0,1 % au troisième trimestre, l’Italie n’a enregistré aucune croissance, et l’inflation italienne a bondi à 5,4 % en octobre. Le ralentissement de l’inflation allemande affaiblit l’argument en faveur d’une hausse des taux de la BCE en décembre, ce qui limite le soutien à l’euro.
France : Fitch dégrade la perspective
Vendredi, Fitch a révisé la perspective de la dette souveraine française de « stable » à « négative ». Moody’s maintenait déjà une perspective négative. L’écart entre les rendements français et allemands à 10 ans s’est creusé de 9 points de base pour atteindre 165, sur fond de manifestations persistantes, et le rendement de l’emprunt français à 10 ans évolue autour de 4,97 %. La dette publique de la France s’élève à 119 % du PIB, le budget 2027 n’est toujours pas signé, et les candidats issus des partis de la périphérie politique sont en tête des sondages en vue de l’élection présidentielle du printemps.
BCE : l’incertitude demeure
Le 29 octobre, la BCE a maintenu le taux de dépôt à 2,50 % et a souligné que les conditions financières se sont resserrées. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a annoncé qu’elle quittera ses fonctions le 7 février 2027 ; son successeur n’a pas encore été désigné. Le marché anticipe une hausse des taux de la BCE en décembre, mais le ralentissement de l’inflation allemande et la hausse des rendements français rendent ce scénario moins évident.
États‑Unis : élections et marché du travail
Le 28 octobre, la Fed a maintenu ses taux à 3,75–4,00 %, avec deux voix en faveur d’une hausse. Le PIB américain du 3ᵉ trimestre a progressé de 3,4 % en rythme annualisé ; l’indice du coût de l’emploi a augmenté de 3,4 % sur un an. Le marché continue d’anticiper avec une probabilité élevée une hausse de la Fed lors de la réunion des 8–9 décembre.
Cette semaine, l’attention se porte sur deux événements. Le 3 novembre auront lieu les élections de mi‑mandat. Les prévisions donnent aux démocrates une forte probabilité de remporter la Chambre des représentants, tandis que l’issue de la course au Sénat est plus incertaine. Standard Chartered avertit que les sondages font apparaître un fort sentiment anti‑sortant, qui ne se traduit pas toujours dans les résultats. Le 6 novembre sera publié le rapport sur l’emploi américain pour le mois d’octobre : un chiffre solide renforcerait les anticipations d’une hausse des taux de la Fed en décembre.
Différentiel de taux
L’écart entre la borne haute du taux de la Fed (4,00 %) et le taux de dépôt de la BCE (2,50 %) est de 150 points de base. Si la Fed relève ses taux en décembre tandis que la BCE marque une pause dans un contexte de ralentissement de l’inflation en Allemagne, cet écart pourrait se creuser à 175 points de base. Le rebond actuel de l’euro ne remet pas en cause ce facteur.
Ce qui pourrait changer la donne
En faveur de l’euro :
- poursuite de la baisse des cours du pétrole et progrès dans les négociations au Moyen‑Orient ;
- résultats des élections américaines accroissant l’incertitude budgétaire et pesant sur le dollar ;
- rapport faible sur l’emploi américain le 6 novembre, réduisant la probabilité d’un durcissement monétaire de la Fed ;
- adoption du budget français.
En défaveur de l’euro :
- données solides sur le marché du travail ou l’inflation aux États‑Unis ;
- reprise des tensions au Moyen‑Orient après les élections et remontée des prix du pétrole ;
- nouvelle dégradation de la situation en France et élargissement des spreads ;
- la BCE renonce à une hausse des taux en décembre dans un contexte de ralentissement de l’inflation.
Situation technique : un mouvement de correction en direction de la zone de résistance
Sur le graphique journalier, la paire reste en tendance baissière : le prix évolue sous l’EMA 50 (1,1323), l’EMA 100 (1,1411) et l’EMA 200 (1,1482). Sur le graphique hebdomadaire, le prix se maintient sous l’EMA 200 hebdomadaire (1,1268). La hausse actuelle correspond à un mouvement de retracement qui permet de résorber la situation de survente. La résistance clé se situe dans la zone 1,1268–1,1272, où convergent l’EMA 200 hebdomadaire et l’EMA 200 en quatre heures, et qui marque la borne supérieure du range d’octobre. Le support se trouve à 1,1171–1,1181, puis au plus bas annuel à 1,1104.
Conclusion
La progression de l’euro lundi constitue une pause, et non un retournement. Elle a été motivée par la baisse du pétrole et des prises de bénéfices avant le scrutin, tandis que les principaux facteurs baissiers demeurent : double dégradation de la perspective de la France, incertitudes sur la direction de la BCE, et différentiel de taux d’intérêt en faveur du dollar.
Acheter l’euro aux niveaux actuels revient à parier sur une nouvelle faiblesse du pétrole et sur des statistiques américaines décevantes. Le vendre revient à ignorer que la paire n’a pas encore atteint une zone de forte résistance et que le marché est en phase de clôture de positions avant les élections.
Semaine clé : élections de mi-mandat aux États-Unis le 3 novembre et rapport sur l’emploi américain le 6 novembre. Si le retracement atteint 1,1268–1,1272 et que de solides données américaines confirment la trajectoire restrictive de la Fed, la pression sur l’euro reprendra. D’ici là, la bonne attitude reste d’attendre et d’observer.
Ce document a un caractère informatif et analytique et ne constitue pas un conseil d’investissement personnalisé.