Les chiffres de l'emploi au Royaume-Uni publiés mardi ont déçu, bien que la plupart des éléments du rapport aient été conformes aux prévisions ou positifs. Le marché de l'emploi britannique ralentit, ce qui est une mauvaise nouvelle pour la livre qui s'est affaiblie par rapport à presque toutes les autres devises.
Cependant, face au dollar, la livre britannique s'est renforcée pour le deuxième jour consécutif. Lundi, le GBP/USD a atteint un plus bas de six semaines à 1.3341, avant de rebondir à 180 degrés et, mardi, d'atteindre un plus haut hebdomadaire, se rapprochant de 1.35 (1.3490).

En observant le graphique hebdomadaire du GBP/USD, nous constatons que la paire a montré une tendance baissière prononcée au cours des trois dernières semaines. Les baissiers ont contrôlé la situation même pendant les périodes de faiblesse générale du dollar, reflétant la force de la tendance à la baisse. Pourtant, cette fois-ci, le dollar plonge sur tout le marché, permettant aux acheteurs du GBP/USD de réaliser une correction de 150 pips.
Peut-on parler d'un renversement de tendance mardi ? À mon avis — non. En conséquence, les positions longues sur la paire paraissent également (pour l'instant) très risquées.
D'une part, le dollar est effectivement sous forte pression à la suite des récentes déclarations et décisions de Donald Trump. Ses ambitions d'établir un contrôle sur le Groenland pourraient entraîner de lourdes conséquences économiques, surtout si l'Union européenne applique l'instrument dit de l'Anti-Coercion Instrument (ACI) contre les États-Unis.
D'autre part, "l'affaire Groenland" est en cours. Comment elle se terminera est inconnu. Rappelons des menaces/intérêts similaires de Trump, par exemple, concernant le Canada. L'année dernière, le président américain était assez déterminé à "annexer" le pays voisin comme le 51e État, menaçant le Canada de tarifs douaniers et autres sanctions. Finalement, ces menaces ne se sont pas concrétisées, bien que Trump "se souvienne" occasionnellement du Canada dans ce contexte (aujourd'hui littéralement, il a posté une image du Canada, du Groenland et du Venezuela sous le drapeau américain).
Nous pouvons également nous rappeler des récentes menaces du leader américain contre l'Iran, où des manifestations de rue ont fait rage pendant plusieurs semaines. Le chef de la Maison-Blanche menaçait de frappes aériennes sur Téhéran et exhortait les manifestants à "s'emparer des bâtiments gouvernementaux," leur assurant que "l'aide américaine est déjà en chemin." Mais dans ce cas aussi, les menaces ne se sont pas réalisées : Trump a soudainement adouci sa rhétorique et a déplacé son attention sur le Groenland.
Comme mentionné plus haut, "l'affaire Groenland" est encore en évolution. Les 10% de tarifs supplémentaires annoncés par Trump n'ont pas encore été appliqués, donc les chances diplomatiques ne sont pas nulles.
Dans ce contexte, Davos pourrait jouer un rôle décisif, alors que le Forum économique mondial s'y tient. Dans le cadre du forum, le président américain rencontrera des dirigeants européens, et le Groenland sera probablement un sujet central plutôt que l'économie. Si la réunion produit des déclarations conciliantes et de désescalade, le dollar retrouvera de la demande et les vendeurs du GBP/USD regagneront rapidement le terrain perdu.
Mais si les événements suivent un scénario escalatoire (Trump n'abandonne pas ses revendications territoriales et Bruxelles applique l'ACI), la monnaie américaine fera face à une pression supplémentaire sur le marché, y compris par rapport à la livre.
Compte tenu de cette incertitude, il est impossible de prévoir la direction du GBP/USD, d'autant plus que le destin de la paire repose entre les mains de l'imprévisible Trump.
Il convient toutefois de noter qu'à l'heure actuelle, le GBP/USD augmente "par anticipation," sur le fond des déclarations belliqueuses de Trump et de la rhétorique défensive des dirigeants de l'UE. Si Davos entraîne une désescalade, la livre se retrouvera "seule face" au rapport sur l'emploi au Royaume-Uni, qui brossait un tableau assez sombre.
Le chômage au Royaume-Uni est resté au niveau d'octobre de 5,1% en novembre (le chiffre le plus élevé depuis début 2021), alors que la plupart des analystes avaient prévu une légère baisse à 5,0%. Le chômage a nettement augmenté chez les jeunes (18–24 ans), et surtout à Londres (7,2%). L’emploi a chuté de 43 000 (la plus grande baisse depuis fin 2020). Les augmentations initiales des demandes d'allocation étaient presque de 18 000 (17,9k), après une baisse de 3 000 le mois précédent. Parallèlement, la mesure des revenus a ralenti: la rémunération globale a ralenti à 4,7% (contre 4,8% auparavant), et la rémunération régulière hors primes a ralenti à 4,5% (contre 4,6%).
Les données publiées signalent un marché du travail britannique en refroidissement. Il reste une autre "pièce du puzzle" : l'inflation. Si l'IPC du Royaume-Uni apparaît également dans la "zone rouge" (la publication est prévue mercredi 21 janvier), les discussions sur une réduction des taux par la Banque d'Angleterre au premier semestre reprendront.
Ainsi, le GBP/USD monte sur des bases plutôt fragiles. Le vecteur des prix dépend non seulement du résultat des négociations à Davos, mais aussi de la dynamique de l'IPC au Royaume-Uni. Si ces facteurs fondamentaux s’alignent en faveur des haussiers du GBP/USD (escalade de "l'affaire Groenland" + accélération de l'inflation), la paire testera la résistance à 1,3550 (la bande supérieure de Bollinger sur D1). Mais si les événements suivent une voie de désescalade et que l'IPC est publié dans la zone rouge, la paire pourrait revenir sur la bande inférieure de Bollinger sur D1 autour de 1,3370.
