La paire USD/JPY est en baisse pour la deuxième séance consécutive, non seulement en raison de l’affaiblissement général du dollar américain. Le yen s’apprécie sur l’ensemble du marché, comme l’indiquent les paires croisées impliquant la devise japonaise (GBP/JPY, EUR/JPY, AUD/JPY).

À première vue, le comportement du yen semble illogique. À la suite des élections anticipées qui viennent d’avoir lieu, la Première ministre sortante Sanae Takaichi a consolidé son pouvoir en obtenant une majorité constitutionnelle à la chambre basse du parlement. Le parti au pouvoir, le Liberal Democratic Party of Japan, a décroché 316 sièges sur 465, obtenant ainsi un mandat pour mener des réformes et prendre d’autres décisions, y compris d’ordre économique.
Comme on le sait, Takaichi est une partisane de ce que l’on appelle l’« Abenomics », fondée sur la relance de l’économie (par le biais de dépenses publiques massives), l’assouplissement de la politique monétaire et la mise en œuvre de réformes structurelles. Par conséquent, la victoire écrasante du LDP constitue, par nature, un signal négatif pour la monnaie japonaise. Durant sa campagne, Takaichi a promis de supprimer temporairement la taxe à la consommation de 8 % sur les produits alimentaires et les boissons. Cette mesure aurait un impact considérable sur le Trésor : selon des estimations préliminaires, le budget perdrait environ 5 000 milliards de yens par an (environ 32 milliards de dollars).
En outre, la suppression de la taxe à la consommation n’est pas le seul élément de la « Sana-économie ». Celle-ci inclut aussi la baisse des prix des carburants, des subventions pour les factures d’électricité et de gaz, ainsi qu’une augmentation des financements pour les hôpitaux, les cliniques et d’autres institutions sociales, entre autres.
Une question logique se pose : aux dépens de qui sera financé ce généreux « festin » ? La plupart des analystes estiment que de telles dépenses supplémentaires massives rendront nécessaire l’émission de nouveaux emprunts d’État, avec toutes les conséquences que cela implique. Un recours accru à l’endettement signifie une augmentation de l’offre de titres de dette, ce qui exerce une pression sur leurs rendements. Pour que le marché puisse « digérer » ces nouvelles émissions, la Bank of Japan devra renoncer à toute nouvelle normalisation de la politique monétaire. En d’autres termes, elle adoptera pour une durée indéterminée une position attentiste.
Par ailleurs, la confiance dans la viabilité budgétaire s’est détériorée, le Japon étant déjà confronté à un niveau record de dette publique (le ratio dette/PIB a atteint 260 %).
C’est pourquoi le yen a d’abord réagi négativement aux résultats des élections législatives anticipées : au début de la séance asiatique de lundi, la paire USD/JPY a atteint un plus haut de près de trois semaines à 157,67.
Cependant, les commentaires ultérieurs de Takaichi ont rassuré les marchés et permis aux vendeurs de l’USD/JPY de reprendre l’initiative, d’autant plus face à un affaiblissement du billet vert.
Selon la cheffe du gouvernement japonais, les baisses d’impôts seront financées « grâce à des sources de financement alternatives », dont l’utilisation n’entraînera pas de hausse supplémentaire de la dette publique.
De quoi s’agit-il concrètement ? Les détails restent flous, en l’absence d’informations précises pour l’instant. La formulation relative aux sources de financement alternatives demeure pour l’essentiel déclarative. D’après Takaichi, elle « se creusera la tête » pour parvenir rapidement à un moratoire de deux ans sur la taxe à la consommation. Toutefois, comme l’a noté la Première ministre, le projet de suppression de cette taxe ne sera pas présenté avant au moins l’été, provisoirement en juin.
De tels signaux rassurants ont soutenu la monnaie japonaise, mais à mon sens, le yen ne pourra pas « se reposer sur ses lauriers » bien longtemps.
Premièrement, Takaichi mettra inévitablement en œuvre une politique budgétaire accommodante — désormais sans tenir compte de l’avis de ses partenaires de coalition (puisque le LDP dispose désormais de la majorité).
Deuxièmement, la suppression de la taxe de 8 % sur les produits alimentaires constitue, de facto, un manque à gagner structurel pour les recettes budgétaires, et la notion de « sources alternatives » reste, à ce stade, dépourvue de contenu concret. Les autorités japonaises pourraient recourir à des mécanismes extrabudgétaires (en utilisant des comptes spéciaux, des fonds quasi publics et des programmes impliquant des banques d’État), mais les obligations qui en résulteront ne disparaîtront pas pour autant. Les engagements futurs demeureront, et les risques finiront par retomber sur l’État et, indirectement, sur la BoJ.
Cependant, tout cela, comme on dit, « relève de plus tard », tandis qu’aujourd’hui le marché réagit à la rhétorique rassurante de Takaichi, qui renforce le yen sur l’ensemble du marché des changes. Face au dollar, la dynamique baissière est renforcée par l’affaiblissement général de la monnaie américaine. Le DXY recule sur fond de données décevantes concernant le marché du travail (les rapports ADP, JOLTS et Unemployment Claims de la semaine dernière sont ressortis dans le rouge) et de la montée des anticipations accommodantes concernant les futures actions de la Fed. Cette combinaison permet aux vendeurs de l’USD/JPY d’explorer de nouveaux horizons de prix à l’approche des limites de la zone des 153.
Si les données officielles sur le marché du travail américain (qui seront publiées mercredi) ne viennent pas au secours de la monnaie américaine, la paire USD/JPY poursuivra son mouvement baissier — non seulement en raison de la faiblesse du billet vert, mais aussi du renforcement du yen. Le niveau de support le plus proche se situe à 152,50, ce qui correspond à la borne inférieure de l’indicateur Bollinger Bands sur le graphique journalier.
