Les données officielles sur le marché du travail américain se sont révélées meilleures que prévu, apportant un soutien (temporaire) à la devise américaine. Presque tous les composants du rapport étaient dans le vert, contredisant les prévisions pessimistes de la plupart des analystes. La réaction du marché a été immédiate : l’indice du dollar a bondi et la paire EUR/USD s’est rapprochée du niveau de support de 1,1830, qui correspond à la ligne Kijun-sen sur l’unité de temps D1. Toutefois, les vendeurs de la paire n’ont pas réussi à franchir cette barrière de prix.
Nous aborderons les raisons de cette dynamique de prix, mais examinons d’abord les chiffres.

Selon les données publiées, le taux de chômage aux États-Unis est tombé à 4,3 % en janvier, alors que la plupart des analystes s’attendaient à ce qu’il reste au niveau de décembre, à 4,4 %. Le nombre d’emplois créés dans le secteur non agricole a augmenté de 130 000. Le rythme de croissance en janvier a été presque deux fois supérieur aux prévisions (+70 000) et près de trois fois supérieur au niveau de décembre (48 000). Il s’agit du meilleur résultat depuis mai de l’année dernière. Dans le secteur privé, l’emploi a progressé de 172 000 (contre une prévision de +68 000), sur fond de données ADP faibles ne faisant état que d’une hausse de 22 000.
L’indicateur des salaires s’est également révélé positif. Le salaire horaire moyen a augmenté de 3,7 % sur un an le mois dernier (comme en décembre), alors que la plupart des experts anticipaient une baisse à 3,6 %. Le taux de participation à la population active est monté à 62,5 %, après un léger recul en décembre à 62,4 %.
Le rapport sur les Non-Farm Payrolls de janvier a servi de « bouée de sauvetage » pour la monnaie américaine, qui commençait à sombrer sous le poids de facteurs fondamentaux décevants. Par exemple, la semaine dernière, trois statistiques sur le marché du travail — ADP, JOLTS et les demandes d’allocations chômage — sont sorties dans le rouge. Les chiffres des ventes au détail publiés cette semaine ont également déçu, affichant une croissance nulle en décembre.
Ces données ont atténué un contexte fondamental morose, permettant au dollar de regagner partiellement le terrain perdu. À l’inverse, les vendeurs de l’EUR/USD ont ramené la paire sur la zone des 1,18, alors que, plus tôt dans la matinée, les acheteurs avaient testé la résistance à 1,1930 (limite supérieure du nuage Kumo sur le graphique H4).
Malgré ce tableau apparemment positif pour le billet vert, les vendeurs de l’EUR/USD n’ont pas réussi à enfoncer ne serait-ce que le support intermédiaire à 1,1830. Pourquoi ?
Comme le dit l’adage, « le diable se cache dans les détails ».
Premièrement, le BLS (Bureau of Labor Statistics) a fortement révisé les données de création d’emplois de l’an dernier. Le nombre total d’emplois pour 2025 a été revu à la baisse, à 181 000 contre 584 000 auparavant. La croissance moyenne mensuelle de l’emploi l’an dernier n’a été que de 15 000, soit le rythme le plus lent depuis la pandémie de coronavirus.
Deuxièmement, la structure du rapport de janvier suscite des inquiétudes. La croissance de l’emploi est concentrée dans la santé et l’aide sociale, tandis que les principaux secteurs du marché privé (notamment les services financiers, le transport et l’industrie manufacturière) restent à l’arrêt ou affichent une dynamique négative. Le secteur fédéral a perdu environ 34 000 emplois, ce qui souligne le caractère inégal de la reprise.
Même dans les secteurs où l’emploi progresse (santé, services sociaux, éducation), cette hausse s’explique en grande partie par la pression démographique : la part des personnes âgées augmente, ce qui accroît la demande de services médicaux et sociaux. Par conséquent, la croissance de l’emploi dans ces segments ne constitue pas un indicateur d’une reprise économique généralisée ni d’un regain d’activité des entreprises dans l’ensemble de l’économie.
En d’autres termes, malgré le verdissement des chiffres principaux, le marché du travail américain reste vulnérable aux fluctuations économiques. Il présente des faiblesses structurelles et une profondeur limitée de la reprise de l’emploi. De plus, la forte révision à la baisse des chiffres de l’an dernier (une diminution de 400 000 du total n’a rien d’anodin).
C’est précisément pour cette raison que les traders ont réagi avec tant de prudence à cette publication, même si les Non-Farm Payrolls de janvier ont atténué les attentes « dovish » concernant les futures décisions de la Fed. Les intervenants de marché sont désormais presque certains que la banque centrale maintiendra son taux directeur inchangé lors des prochaines réunions (mars, avril). Toutefois, même avant la publication des NFP, la probabilité d’une baisse de taux au printemps ne dépassait pas 30 %. Autrement dit, dans l’ensemble, rien n’a vraiment changé — du moins en ce qui concerne les réunions de printemps.
La probabilité d’une baisse de taux en juin, en revanche, demeure élevée — supérieure à 60 % (d’après les données CME FedWatch). Avant la publication des Non-Farm Payrolls, cette probabilité était estimée à 75 %.
Qu’est-ce que cela implique ? Que les positions vendeuses sur la paire EUR/USD restent risquées, même après ce rapport « vert » sur les Non-Farm Payrolls. La paire a de fortes chances de rester dans la fourchette 1,1830–1,1930 (limites inférieure et supérieure du nuage Kumo sur le graphique H4) jusqu’à la publication de l’indice des prix à la consommation (CPI) américain vendredi. Le rapport sur l’évolution de l’inflation fera pencher la balance dans un sens ou dans l’autre : soit la paire se stabilise au-dessus de l’objectif de 1,1930, ouvrant la voie vers la zone des 1,20, soit le cours retombe au bas de la zone des 1,18, avec la perspective de nouvelles baisses vers le support à 1,1770 (ligne Kijun-sen sur l’unité de temps W1).
