Les données publiées mercredi sur la progression de l’inflation au Royaume-Uni ont exercé une pression sous-jacente sur la devise britannique. Presque tous les composants du rapport se sont révélés soit conformes aux prévisions, soit dans la zone rouge, reflétant un ralentissement de nombreux indicateurs. Toutefois, on ne peut pas dire que cette publication ait constitué un « arrêt de mort » pour la monnaie britannique, loin de là. L’inflation dans le secteur des services demeure à un niveau inacceptablement élevé pour la Bank of England, ce qui a permis aux acheteurs de GBP/USD de rester à flot.

Selon les données publiées, l’indice des prix à la consommation (CPI) global a reculé de 0,5 % sur un mois (un plus bas de plusieurs années). En glissement annuel, le CPI global devrait ralentir à 3,0 %, contre 3,4 % précédemment. Il s’agit du rythme de croissance le plus faible depuis mars de l’année dernière.
L’indice des prix à la consommation hors éléments volatils (core CPI) est tombé à 3,1 %. D’un côté, c’est un record pluriannuel – le niveau le plus bas depuis septembre 2021. De l’autre, la plupart des analystes anticipaient un repli plus marqué, à 3,0 %.
L’indice des prix de détail (RPI), utilisé par les employeurs dans les discussions salariales, est passé en territoire négatif. Contrairement aux attentes, qui tablaient sur un recul mensuel à -0,3 %, l’indicateur a chuté à -0,5 % (un record sur plusieurs années). En glissement annuel, le RPI a ralenti à 3,8 %, après 4,2 % (contre une prévision de 4,0 %).
L’indice des prix à la production a reculé à -0,2 % en glissement annuel (alors qu’une hausse à 0,3 % était attendue), tandis que l’indice des prix à la production pour les produits finis a ralenti à 2,5 % sur un an (troisième mois consécutif de tendance baissière).
Comme on peut le constater, le tableau est assez clair : l’inflation ralentit lentement, progressivement, mais elle ralentit tout de même. Dans ce contexte, le marché revient à l’idée d’une possible baisse des taux de la Bank of England lors de la réunion de mars (c’est d’ailleurs pour cette raison que la livre a subi des pressions).
Cependant, à mon avis, de telles conclusions « accommodantes » sont prématurées. D’un côté, l’inflation ralentit effectivement, conformément aux prévisions de la banque centrale. À l’issue de la réunion de février, la Bank of England a indiqué que les tensions sur les prix au Royaume-Uni devraient se modérer à 3,0 % au premier trimestre, puis se rapprocher de 2 % au deuxième trimestre.
De l’autre, l’inflation annuelle mesurée par le CPI dans le secteur des services reste obstinément élevée : ce composant du rapport ressort à 4,4 %, un niveau nettement supérieur à la prévision de la banque centrale (4,1 %), ce qui signale une inflation sous-jacente persistante. En substance, il s’agit du principal indicateur de la pression inflationniste « interne » (hôtellerie, transports, santé, éducation, services financiers). Par conséquent, la dynamique de ce composant est déterminante pour la Bank of England.
Supposons que l’inflation dans les services commence à reculer durablement pour se situer dans une fourchette de 3,5 % à 3,8 %. Dans ce cas, la banque centrale recourra sans doute à une nouvelle vague de baisses de taux – du moins, le CPI des services ne constituerait plus un obstacle. Mais un niveau de 4,4 % reste incompatible avec l’objectif d’inflation de 2 % à moyen terme. Ainsi, la perspective d’une baisse en mars apparaît, pour le dire gentiment, incertaine.
À noter que, malgré la « teinte rouge » du rapport sur l’inflation, la livre a regagné une partie du terrain perdu mardi face au dollar. Mardi, la paire GBP/USD a été vendue après la publication du rapport sur le marché du travail britannique. Une telle réaction était justifiée : le taux de chômage est monté à 5,2 %, la croissance des salaires a ralenti à 4,2 %, et le nombre de nouvelles demandes d’allocations chômage a augmenté de près de 30 000 (28 600), soit le niveau le plus élevé depuis le printemps 2020.
En réaction à ce résultat clairement décevant, la paire GBP/USD est tombée à la base de la zone des 1,35, inscrivant un plus bas d’environ un mois. Mercredi, cependant, la paire a récupéré une partie de ses pertes, malgré le ralentissement du CPI. Pour parler par métaphore, l’inflation dans le secteur des services a constitué une « cuillerée de miel dans un baril de goudron » pour les acheteurs de GBP/USD. Grâce à ce composant, la paire est restée à flot et a dérivé au milieu de la zone des 1,35.
Dans ces conditions, il semble raisonnable d’envisager des positions vendeuses uniquement après que les vendeurs auront franchi le support à 1,3510 et – c’est essentiel – se seront durablement établis sous ce niveau, c’est-à-dire une installation franche dans la zone des 1,34. Comme on l’a vu, la tentative de mardi a échoué.
D’un point de vue technique, la paire GBP/USD se situe entre les lignes médiane et supérieure de l’indicateur Bandes de Bollinger, en dessous des lignes Tenkan-sen et Kijun-sen, mais au-dessus du nuage Kumo. Le niveau de support correspond au seuil mentionné de 1,3510 (la bande inférieure des Bandes de Bollinger sur le graphique quotidien). Le niveau de résistance se trouve à 1,3600 (la ligne médiane des Bandes de Bollinger sur la même unité de temps).
