La paire GBP/USD reflète la dynamique du DXY cette semaine, réagissant fortement à l’évolution du dollar américain. Cependant, à partir de vendredi, la livre devrait davantage refléter l’agenda interne sur fond d’événements politiques en cours au Royaume-Uni.
En effet, jeudi 26 février, des élections partielles se tiennent dans la circonscription de Horton and Denton (Manchester), à la suite de la démission du député travailliste Andrew Gwynne.

À première vue, cet événement paraît insignifiant pour la monnaie britannique et (plus encore) pour la paire GBP/USD, sur fond de turbulences géopolitiques générales. Néanmoins, ces élections sont devenues un sujet de discussion non seulement dans la sphère politique britannique mais aussi sur le marché des changes. Après tout, il ne s’agit pas seulement d’un scrutin local, mais d’un véritable « test décisif » pour le gouvernement britannique actuel dirigé par Keir Starmer.
Pour commencer, la circonscription de Manchester-Horton and Denton (la « ceinture ouvrière » du Grand Manchester) est traditionnellement considérée comme un « bastion » du Labour Party, qui y occupe une position dominante depuis près de 100 ans. Cependant, dans le cadre de ces élections partielles, la situation actuelle ressemble davantage à un affrontement entre trois forces.
Dans un coin du ring se trouve le Labour Party, qui tente de conserver son mandat sur fond de baisse des sondages. Dans un autre coin se trouve le Reform UK Party de Nigel Farage, qui gagne en popularité au sein de la classe ouvrière en critiquant la politique migratoire de Downing Street. Et enfin, dans un hypothétique troisième coin, on trouve le Green Party, qui a enregistré une poussée inattendue dans les enquêtes d’opinion, attirant la jeunesse et la population musulmane mécontentes de la position de Starmer en matière de politique étrangère (en particulier sur la question de Gaza).
Les sondages indiquent que les trois partis sont au coude-à-coude.
Ces élections partielles revêtent effectivement une importance pour la monnaie britannique, car elles ont une portée symbolique et structurante. Si le Labour Party perd dans son « bastion » (surtout s’il termine troisième ou pire), cela porterait un coup sévère à l’autorité de l’actuel Premier ministre, Keir Starmer.
Premièrement, l’incertitude politique est déjà un facteur qui pèse sur la monnaie nationale.
Deuxièmement, une défaite aussi humiliante pourrait provoquer une révolte interne au sein du parti, suivie d’une tentative de remplacer le dirigeant du parti (toujours) au pouvoir. Tout risque de paralysie gouvernementale et d’incertitude concernant la politique économique pèserait sur la livre.
Troisièmement, de grandes élections locales se tiendront au Royaume-Uni au mois de mai de cette année. Dans ce contexte, Manchester-Horton and Denton fait figure de sorte de « bande-annonce » de ce qui pourrait se produire au printemps.
Ces élections partielles servent de baromètre de l’humeur de l’opinion publique. Ainsi, si Reform UK l’emporte, cela signalera un virage à droite, vers un agenda de droite plus radical. Si le Labour Party « entend » ce signal, il pourrait durcir sa rhétorique anti-immigration et introduire de nouvelles restrictions sur les visas de travail, ce qui provoquerait une pénurie de main-d’œuvre (qui pourrait se traduire par de nouveaux déficits de personnel).
Si le Green Party gagne, la pression s’accentuera sur le gouvernement en matière d’environnement et de dépenses sociales, ce qui affectera également les prévisions budgétaires à long terme.
Il convient également de noter que les traders de la paire GBP/USD se sont plus ou moins « habitués » à Starmer et à la ministre des Finances Rachel Reeves, qui ont fait preuve de cohérence et de respect des règles budgétaires après le chaos du bref mandat de Liz Truss (qui restera longtemps dans les mémoires). Tout affaiblissement de leurs positions constitue une mauvaise nouvelle pour la monnaie britannique, d’autant plus que cet affaiblissement s’accompagnerait vraisemblablement de turbulences politiques.
Des élections perdues par le Labour Party pourraient servir de catalyseur à ces événements.
Il convient également de rappeler que les données macroéconomiques publiées la semaine dernière n’ont pas joué en faveur de la monnaie britannique : l’inflation ralentit et le marché du travail se refroidit. Cela ajoute une pression supplémentaire sur la paire GBP/USD.
Je rappelle que l’indice global des prix à la consommation a reculé, en rythme mensuel, à -0,5 % (un plus bas de plusieurs années), et, en rythme annuel, à 3,0 % (la plus faible progression depuis mars de l’an dernier). L’inflation sous-jacente (core CPI) est tombée à 3,1 % (son plus bas niveau depuis septembre 2021). L’indice des prix de détail, utilisé par les employeurs dans les négociations salariales, a diminué à 3,8 %, contre 4,2 % précédemment.
Le rapport sur le marché du travail est également ressorti dans le rouge : le taux de chômage est monté à 5,2 %, la croissance des salaires a ralenti à 4,2 %, et le nombre de demandes d’allocations chômage a augmenté de près de 28 600, son plus haut niveau depuis le printemps 2020.
Ainsi, la dynamique haussière de la paire GBP/USD s’explique uniquement par la faiblesse du dollar américain. La livre sterling manque de moteurs de croissance autonomes et durables. Par conséquent, les pics de prix sur GBP/USD doivent être considérés comme des opportunités d’ouverture de positions vendeuses. L’objectif le plus proche pour la baisse se situe à 1,3460 (la borne inférieure de l’indicateur Bandes de Bollinger sur le graphique en quatre heures).
