La paire euro-dollar a montré une tendance haussière lundi après une baisse prolongée vers le seuil des 1,14. Vendredi, les vendeurs ont inscrit un nouveau plus bas de huit mois à 1,1412, mais n’ont pas réussi (ou n’ont pas eu le temps) à enfoncer le niveau de support à 1,1410 (la borne inférieure de l’indicateur Bollinger Bands sur l’unité de temps W1). Lundi, les acheteurs de l’EUR/USD ont pris l’initiative, testant les limites de la zone des 1,15. Toutefois, compte tenu du contexte fondamental actuel, de tels pics de prix paraissent peu fiables. Les positions longues restent risquées, même dans un contexte de hausse marquée des prix, presque sans corrections.

La correction de l’EUR/USD s’explique par plusieurs facteurs fondamentaux. Le facteur clé est une forme de « stabilisation » du conflit militaire au Moyen-Orient, c’est‑à‑dire l’absence temporaire de nouvelle escalade.
D’un côté, la situation est encore loin d’être résolue. Les États‑Unis et Israël poursuivent leurs frappes aériennes contre l’Iran, tandis que les forces iraniennes continuent d’attaquer des bases militaires américaines et des infrastructures pétrolières dans les pays voisins. Le détroit d’Ormuz reste bloqué : le transit n’est ouvert qu’aux navires chinois et, selon certaines informations, indiens.
De l’autre côté, l’escalade au Moyen‑Orient demeure pour l’instant « limitée », sans atteindre les scénarios les plus aigus, dangereux ou catastrophiques. La situation actuelle donne une impression de « stabilité » relative. Par exemple, il est désormais clair que Donald Trump évite de déployer des contingents militaires américains en profondeur sur le territoire iranien. Il ne se précipite pas non plus pour régler le blocage du détroit d’Ormuz. Les États‑Unis, qui disposent de la plus grande marine du monde, maintiennent leurs forces navales à une distance suffisamment importante des côtes iraniennes : ainsi, le porte‑avions Abraham Lincoln s’est retiré à plus de mille kilomètres des côtes de l’Iran, tandis que l’USS Gerald Ford reste en mer Rouge. Parallèlement, le locataire de la Maison‑Blanche a appelé l’OTAN à fournir une aide militaire pour débloquer le détroit, mais s’est, de fait, heurté à un refus : les représentants de l’Alliance n’ont pas envoyé leurs navires de guerre dans la région.
Le marché a interprété la situation actuelle comme un signal indiquant que les États‑Unis ne sont pas prêts à une escalade immédiate et unilatérale de la guerre. Une sorte de vide s’est formé, permettant aux acheteurs de l’EUR/USD d’organiser un repli correctif. De plus, on observe une stabilisation relative du marché pétrolier : le rythme de hausse des prix de l’« or noir » a ralenti, même s’ils restent au‑dessus de 100 $ le baril. Ce sentiment a été influencé par les déclarations du secrétaire à l’Énergie américain Chris Wright, qui a indiqué que le conflit au Moyen‑Orient « pourrait prendre fin dans les prochaines semaines », après quoi l’approvisionnement en pétrole serait rétabli et les prix de l’énergie reculeraient.
Cependant, même si le marché des changes interprète ces signaux de manière aussi favorable à l’euro, il est encore trop tôt pour parler d’un retournement de tendance sur l’EUR/USD. En réalité, Donald Trump se trouve dans une situation de zugzwang, où chacun de ses mouvements ultérieurs ne fait qu’aggraver l’impasse actuelle.
Sans accords appropriés avec l’Iran, Trump ne peut pas simplement se retirer du conflit en déclarant que toutes les tâches fixées ont été accomplies. Si le blocage iranien du détroit d’Ormuz se poursuit, les États‑Unis apparaîtront comme la partie perdante, quels que soient les discours triomphalistes de Trump. Un tel scénario est inacceptable pour la Maison‑Blanche, tant du point de vue des perspectives de politique étrangère (risque de voir diminuer la confiance des alliés et partenaires américains dans les garanties de sécurité des États‑Unis) que de la situation politique intérieure (dans le contexte des prochaines élections de mi‑mandat au Congrès).
Cependant, la prolongation de la guerre comporte également de sérieux risques politiques. L’objectif initial de changement de régime en Iran ne paraît plus atteignable à ce stade. De plus, le coût d’une « victoire finale » devient inacceptable pour l’électorat national, surtout sur fond de hausse des prix de l’énergie (le prix moyen de l’essence aux États‑Unis a augmenté de 60 cents en deux semaines, pour atteindre 3,70 $). Un conflit prolongé et coûteux, avec des dépenses importantes, pourrait entraîner une forte baisse des indices de popularité de Trump et du Parti républicain à l’approche des élections législatives de l’automne. Or, il reste difficile de voir comment Trump pourrait sortir de ce piège sans pertes politiques.
À l’heure actuelle, la Maison‑Blanche promeut l’idée de former une « coalition » pour débloquer le détroit d’Ormuz en y impliquant des bâtiments de guerre d’autres pays. Mais cette démarche se heurte elle aussi à des problèmes, les alliés étant peu enclins à entrer dans une « zone chaude » sans plan clair, que Washington ne possède pas. D’après le Financial Times, le Royaume‑Uni, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie et le Japon ont déjà indiqué qu’ils ne prévoyaient pas d’envoyer de navires dans la région. Les menaces de Trump, selon lesquelles « l’OTAN a un avenir très sombre si les alliés n’aident pas les États‑Unis à débloquer le détroit », n’ont eu aucun effet.
La situation est dans l’impasse. Washington se retrouve dans une position où il faut faire quelque chose concernant une campagne militaire manifestement infructueuse, sans qu’il soit clair pour autant quelles mesures concrètes doivent être prises. C’est précisément pour cette raison qu’aux États‑Unis, on évoque déjà la possibilité de reporter la rencontre entre Trump et Xi Jinping, prévue pour la fin mars (information annoncée par la porte‑parole de la Maison‑Blanche Caroline Levitt). Cela signifie que le conflit au Moyen‑Orient se complique d’un « facteur chinois » : face à l’impasse dans laquelle se trouvent les États‑Unis, Pékin renforce ses positions dans les négociations commerciales à venir.
Ainsi, le contexte fondamental actuel pour la paire EUR/USD ne plaide pas en faveur d’une hausse durable des cours. Par conséquent, il convient de considérer le repli correctif en cours comme une opportunité d’ouvrir des positions vendeuses, avec un premier objectif à 1,1450 (la ligne Tenkan‑sen sur l’unité de temps H4), dont la cassure ouvrirait la voie aux vendeurs de l’EUR/USD vers la zone des 1,14.
