Vendredi, le dernier jour de la semaine et du mois, nous prendrons connaissance des résultats de la réunion de juillet de la Bank of Japan. Les décisions formelles de cette réunion ne font guère de doute : la banque centrale devrait maintenir inchangés tous les paramètres de sa politique monétaire. Par conséquent, toute l’attention du marché se portera sur les nouvelles prévisions trimestrielles, le ton du communiqué qui les accompagnera, ainsi que sur la rhétorique du gouverneur de la BoJ, Kazuo Ueda.
Malgré l’issue largement attendue de la réunion de juillet, celle-ci est loin d’être « de routine ». Le marché évaluera non seulement la décision sur les taux, mais aussi la volonté de la banque centrale de revenir, dès cet automne, à un cycle de resserrement de la politique monétaire. L’incertitude demeure, car les derniers rapports sur l’inflation ont présenté un tableau assez contradictoire.

L’indice national des prix à la consommation (CPI) de base, hors produits frais, a accéléré à 1,6 % sur un an en juin, contre 1,4 % précédemment. L’indicateur reste inférieur à l’objectif de 2 % fixé par la BoJ, mais il s’est accéléré en juin pour la première fois depuis plusieurs mois. Dans le même temps, l’inflation sous-jacente, hors produits frais et prix de l’énergie, a ralenti à 1,7 % (après 1,8 % en mai), signalant un léger apaisement des pressions inflationnistes de fond. En outre, la hausse des prix dans le secteur des services s’est également atténuée, ce qui est particulièrement important pour la BoJ, car l’inflation des services est considérée comme un indicateur de la durabilité des pressions internes sur les prix, étroitement liées à la dynamique salariale.
Cependant, la banque centrale est peu susceptible de tirer des conclusions sur la seule base d’un récent rapport national. L’attention se porte bien davantage sur l’indice des prix à la consommation de Tokyo pour le mois de juin, traditionnellement considéré comme un indicateur avancé de l’inflation au niveau national. Ce rapport pourrait montrer à quelle vitesse la dépréciation du yen et la hausse des prix à l’importation se répercutent sur le secteur de la consommation.
Selon les dernières données, l’inflation dans la capitale japonaise s’est accélérée par rapport au mois précédent. Bien que le chiffre reste sous la barre des 2 %, le simple fait de cette accélération indique que la tendance haussière se maintient. L’indice de base (Core TCPI), hors produits frais, a augmenté de 1,6 % en juin (après une hausse de 1,3 % le mois précédent), atteignant un plus haut de trois mois. L’indice global pour Tokyo est monté à 1,7 %, contre 1,4 % en mai.
Il est à noter que les données de l’indice des prix à la consommation de Tokyo pour juillet seront publiées quelques heures seulement avant l’annonce des résultats de la réunion de la banque centrale. La plupart des analystes s’attendent à ce que l’indice de base des prix à la consommation (hors produits frais) dans la capitale japonaise s’accélère à nouveau — cette fois à 1,8 %, soit le rythme de croissance le plus rapide depuis février de cette année. Si la publication de vendredi fait effectivement apparaître une nouvelle poussée des pressions sur les prix, les membres de l’autorité monétaire pourront raisonnablement conclure que le ralentissement de l’indice national en juin n’était que temporaire, tandis que les pressions inflationnistes fondamentales demeurent intactes.
Il convient de souligner que, pour la banque centrale japonaise, ce n’est pas uniquement (et pas tant) le niveau actuel de l’inflation qui importe, mais aussi sa stabilité. Dans ce contexte, l’inflation à la production joue un rôle important. Ces derniers mois, les pressions en provenance des producteurs ont nettement augmenté : l’indice des prix à la production progresse sensiblement plus vite que les prix à la consommation (par exemple, en juin, l’indice global a atteint 7,1 %, tandis que l’indice de base reste à 1,6 %), ce qui reflète les conséquences d’un yen faible et de la hausse des prix des matières premières. Ce décalage finira inévitablement par être répercuté sur les consommateurs finaux, de sorte que la BoJ ne manquera pas de s’inquiéter de la probabilité d’une nouvelle vague de pressions sur les prix au second semestre de l’année en cours.
Dans l’ensemble, le tableau macroéconomique reste assez contrasté. De nombreux facteurs (hausse des salaires à la suite du productif « shunto » de printemps, tension sur le marché du travail, et progression des anticipations d’inflation) renforcent la position de l’aile « faucon » de la BoJ. D’un autre côté, les risques pesant sur la croissance économique demeurent. Malgré une activité des entreprises relativement stable et des indicateurs de confiance des affaires assez solides, l’économie japonaise continue de subir les conséquences de la crise au Moyen-Orient, du coût élevé des ressources énergétiques et de l’incertitude persistante entourant le commerce mondial (dans le contexte de la politique tarifaire de Trump). Dans de telles conditions, des relèvements de taux trop agressifs pourraient accentuer la pression sur la demande intérieure ; par conséquent, le resserrement de la politique monétaire en juin est susceptible de conduire à une approche attentiste.
Ainsi, à mon avis, la BoJ maintiendra son taux d’intérêt inchangé à l’issue de la réunion de juillet, réaffirmera sa volonté de poursuivre la normalisation graduelle de la politique monétaire et révisera probablement ses prévisions d’inflation à la hausse (ou mettra en avant une augmentation des risques inflationnistes). Dans le même temps, la banque centrale conservera très probablement une formulation prudente selon laquelle les décisions futures « dépendront des données à venir concernant l’inflation, les salaires et l’activité économique ».
Dans un tel scénario, les risques pour l’USD/JPY s’orienteront à la baisse, et les traders devraient envisager de vendre la paire lors des pics de prix haussiers. Le marché a déjà intégré le maintien du statu quo. Parallèlement, tout signal agressif (hawkish) de la part de Ueda concernant la poursuite de la normalisation de la politique (en particulier si le rapport de juillet sur l’inflation de Tokyo s’inscrit en « zone verte ») pourrait renforcer le yen.
